Une campagne, où est la campagne ?

Il faut avoir l’œil bien exercé pour découvrir que des élections européennes auront lieu le 7 juin en Belgique.
Certes les panneaux électoraux sont bien là devant les maisons communales (mairies). Les tracts fleurissent dans les boîtes aux lettres. Les hommes et femmes politiques battent la semelle sur les marchés, brocantes et festivals en tout genre. Les portraits des candidats ornent les vitrines des cafés et commerces. Et le choix partisan s’arbore jusqu’aux vitres des appartements et sur les voitures.

Mais il s’agit, là, surtout d’une autre campagne électorale, plus concrète, les régionales.

Pour le Français que je suis, l’autonomie législative et financière acquise par les trois régions belges (Flandre, Wallonie, Bruxelles Capitale) - et leur pouvoir dans nombre de domaines – étonne car ce type d’organisation est pratiquement inconnu en France. On comprend bien qu’un changement de majorité à ce niveau ne serait pas sans conséquence sur les équilibres internes, notamment au niveau fédéral. Et du coup, les Européennes passent au second plan.

Ce n’est d’ailleurs pas vraiment une nouveauté. Déjà, en 1999, et en 2004, on avait pu observer ce phénomène, m’ont expliqué les « anciens », avec le couplage des législatives et des régionales, les européennes apparaissaient comme des élections de second ordre.
D’une certaine façon, c’est aussi logique que parfaitement explicable. L’engagement européen de la Belgique ne suscite pas vraiment de débat. Tous les principaux partis politiques, mis à part l’extrême droite, sont ainsi pour une Europe forte, dotée de compétences étendues, où le droit de veto serait aboli et la Commission européenne renforcée.

Mais « consensus » apparent ne devrait pas leurrer. On peut retrouver certaines limites à ce consensus quand on aborde le contenu de cette Europe. Des divergences s’affirment de plus en plus entre les tenants d’un modèle fondé sur le marché (libéraux) et ceux d’un modèle fondé sur davantage de justice sociale (socialistes et écologistes).

Si on creuse un peu : entre ceux qui veulent davantage d’harmonisation fiscale et ceux qui veulent préserver la spécificité fiscale belge, ceux qui veulent développer le modèle industriel ou préserver les équilibres naturels, il y a des fossés à peu près équivalents à ceux qui existent dans d’autres pays. Mais ici, ils ne transparaissent pas… Curieux pays.
Nicolas Gros-Verheyde
Après des études à Paris, Nicolas Gros-Verheyde est parti en reportage dans plusieurs pays d'Europe de l'Est dans les années 1990. Il est spécialiste des questions européennes, correspondant pour France-Soir puis pour Ouest-France, responsable des Dossiers et enquêtes à l'agence de presse Europolitique (Bruxelles).