Pourquoi aller voter ?

Peut-on vraiment blâmer les citoyens qui s’abstiendront d’aller voter. Oui, car s’il est une victoire en démocratie, c’est bien de pouvoir choisir ses élus. Non, quand on sait que depuis plusieurs semaines, tout est fait pour ne pas inciter à aller voter.
Heureux Belges ou Luxembourgeois… Vote obligatoire oblige, vous ne connaîtrez pas les affres dans lesquels sont plongés aujourd’hui nombre d’Européens.
Faut-il vraiment aller voter le 7 juin ? Et pour qui ? Vous échapperez ainsi à l’oukaze de nos analystes politiques qui fondront, le soir même du vote, le petit doigt moralisateur ou l’œil compatissant, pour analyser combien, pourquoi, comment, des Européens ont, finalement, préféré rester chez eux plutôt que d’aller voter pour choisir leurs députés européens.

Peut-on vraiment blâmer les citoyens qui s’abstiendront d’aller voter. Oui, car s’il est une victoire en démocratie, c’est bien de pouvoir choisir ses élus. Non, quand on sait que depuis plusieurs semaines, tout est fait pour ne pas inciter à aller voter.
Si l’on reprend la mécanique classique du vote, on vote soit pour des idées, soit pour une personne ou contre celles-ci. Là c’est plutôt raté.

Côté programme, c’est un peu la bouillie bordelaise. De grandes idées généreuses : une relance de l’Europe, une croissance écologique, être proches des citoyens… Mais peu d’idées frappantes, précises, concrètes qui permettent de répondre par Oui ou Non : Instaurer une taxe financière sur les gains en bourse au niveau européen ? Autoriser les OGM ? Plafonner les salaires des dirigeants d’entreprises ?

Difficile de savoir qui pense quoi. Personne ne semble vraiment capable d’exprimer des revendications concrètes. Pas étonnant que la campagne tarde à démarrer.
Côté personne, cela fait plusieurs semaines que l’actuel président de la Commission européenne, candidat à sa succession, José-Manuel Barroso mène sa campagne, tout seul. La plupart des gouvernements ont signifié que, quoi qu’il arrive, cela sera lui qui sera désigné pour diriger durant les cinq prochaines années la « boutique » européenne. Non seulement les gouvernements à composante chrétienne-démocrate ou conservatrice, dont est membre Barroso, sont sur cette ligne mais aussi plusieurs gouvernements dirigés par des socialistes (le travailliste Gordon Brown au Royaume-Uni, le socialiste espagnol Zapatero).

De toute façon, « il n’y en a pas d’autre » nous dit-on. Pour des raisons obscures de campagne, les socialistes ne présentent personne. Seuls les démocrates ont présenté une ou deux candidatures alternatives, Guy Verhofstadt ou Mario Monti. Mais rien qui soit crédible. Ce faisant les gouvernants ont tué, asphyxié la campagne qui, déjà, manquait d’oxygène.
Une vraie campagne obligerait chaque parti à désigner le candidat qu’il entend conduire à la tête de la Commission. Les citoyens ont le droit de savoir, pour avoir envie de voter. A ces élections, le risque est donc d’avoir une abstention « de combat » qui s’additionne aux abstentionnistes de « dépit » ou « d’ignorance ».

Et de nouveau comme dans les votes « Non » des dernières années en France, aux Pays-Bas, en Irlande, il y aura comme un fossé qui se creuse encore un peu plus, une marque de défiance vis-à-vis de l’Europe. Il faudra analyser un peu plus sérieusement les motivations de ces « boudeurs » des urnes. Et surtout trouver rapidement des remèdes. Sinon l’Europe deviendra une affaire de spécialistes, de professionnels et de quelques militants. Et son mythe pourrait s’effriter…
Nicolas Gros-Verheyde et Sophie Petitjean
Après des études à Paris, Nicolas Gros-Verheyde est parti en reportage dans plusieurs pays d'Europe de l'Est dans les années 1990. Il est spécialiste des questions européennes, correspondant pour France-Soir puis pour Ouest-France, responsable des Dossiers et enquêtes à l'agence de presse Europolitique (Bruxelles).

Sophie Petitjean est jeune diplômée de l'IHECS (journalisme européen) à Bruxelles. Elle collabore à l'agence de presse européenne Europolitique et à la radio publique Vivacité (RTBF).