“La crise économique a entraîné une crise des droits de l’homme”

Dans son nouveau rapport annuel, publié ce jeudi, l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International dresse un bilan très sombre des violations des droits humains dans le monde, constatant que la crise économique a encore aggravé la situation. AI appelle notamment le G20 à investir dans les droits de l’homme. Le rapport critique la Belgique notamment pour le traitement qu’elle réserve aux demandeurs d’asile.
Dans son rapport 2009 long de 400 pages, Amnesty International constate que « la crise économique a entraîné une crise des droits de l’homme qui a placé le monde sur une poudrière d’inégalités, d’injustice et d’insécurité sur le point d’exploser ».

Tout occupés à lutter contre la crise économique, les gouvernements négligent les droits de l’homme, affirme l’organisation internationale. Pour les moins nantis, la vie quotidienne est devenue une lutte permanente pour obtenir de la nourriture, un logement, de l’eau ou du travail.
La directrice d’Amnesty International Flandre, Karen Moeskops, donne quelques exemples : « A la suite du passage du cyclone Argis, en mai 2008, en Birmanie, nous avons vu que le gouvernement a laissé 2,4 millions de citoyens pendant 3 semaines dans l’attente d’une aide alimentaire pour faire passer avant ses propres priorités à l’agenda politique. Nous avons également vu que des protestations de la population affamée en Corée du Nord et au Zimbabwe ont été violemment réprimées, alors que la faim est utilisée comme arme politique ».

AI appelle les dirigeants dans le monde, et notamment ceux du G20, à investir dans les droits de l’homme avec autant de détermination que dans la croissance économique.

La Belgique n’échappe pas aux critiques

AI constate que les pays riches, y compris la Belgique, se protègent toujours davantage contre les personnes qui immigrent pour des raisons économiques.
Le rapport 2009 stipule, en particulier, que la police belge utilise trop souvent la violence lors d’expulsions de demandeurs d’asile déboutés. « La situation des migrants et des demandeurs d’asile est un point sensible », explique la directrice d’AI Flandre, Karen Moeskops.

« Tout d’abord il y a les expulsions forcées. Je pense au cas d’Ebenizer Sontsa, un demandeur d’asile débouté originaire du Cameroun. Le 26 avril 2008, les policiers qui l’accompagnaient ont fait usage de moyens contraignants pour son expulsion depuis l’aéroport de Zaventem. Plusieurs passagers se sont interposés et l’expulsion a été interrompue. Une nouvelle tentative avait été fixée au 9 mai 2008, mais Sontsa s’est suicidé le 1er mai. Les Nations Unies ont déjà exprimé leur inquiétude à la Belgique dans le domaine des droits de l’homme. Amnesty critique depuis 10 ans l’approche belge ».
Amnesty exprime aussi des critiques à l’encontre de la ministre fédérale à la Migration et la politique d’asile, Annemie Turtelboom. L’organisation estime que son projet pour éviter d’envoyer dans des centres d’asile fermés des familles avec enfants est insuffisant.

« Le projet pilote de la ministre prévoit que les enfants soient envoyés dans des « maisons intermédiaires » plutôt que dans des centres d’asile. C’est un bon début. Nous plaidons en faveur d’une approche intégrée et humaine de la problématique ».

Campagne internationale : « Exigez la dignité »

Pour lutter contre la crise des droits de l’homme, AI lance une campagne à l’échelle mondiale sous le slogan « Exigez la dignité. Les droits de l’homme = moins de pauvreté ».

Cette campagne souligne trois thèmes principaux : la mort des mères, les bidonvilles et la responsabilité des entreprises.

« Les membres du G20 se profilent comme les nouveaux dirigeants du monde et doivent donc aussi montrer l’exemple en matière de protection et de respect des droits de l’homme », explique Philippe Hensmans, directeur d’AI Belgique francophone.

Amnesty a divulgué quelques chiffres : 78% de toutes les exécutions en 2008 ont eu lieu dans des pays du G20 et 79% de ces pays se sont rendus coupables de pratiques de torture.