"Sexties", ou quand la BD quitte le domaine enfantin

Quatre auteurs de bande dessinée européens, auteurs dans les années 1960 d'albums au contenu érotique d'une audace sans précédent pour le 9e Art, sont mis en vedette à Bruxelles par une exposition au titre sans ambiguïté: les "Sexties".

Traduisant une aspiration alors universelle à la libération sexuelle, de superbes planches de l'Italien Guido Crepax, du Français Jean-Claude Forest et des Belges Paul Cuvelier et Guy Peellaert, sont réunies du 25 septembre au 3 janvier au Palais des Beaux Arts de la capitale belge.

Chacun des dessinateurs se voit consacrer une salle différente, où sont accrochées des dessins originaux illustrant leurs apports respectifs aux mouvements en faveur de l'émancipation du désir et de l'assouvissement du plaisir qui ont marqué la période.

"C'est une BD adulte qui correspond à ce qui s'est passé dans la littérature des années 60. Au même moment surgissent la pilule et les films de la Nouvelle vague. Le milieu est alors fécond", explique le commissaire de l'exposition Pierre Sterckx.

Inspirations diverses

Les quatre artistes exposés s’inspirent aussi bien de la peinture, entre autre de la Pop Art, du dessin animé, du cinéma, de la musique, de la littérature, et de la photographie.

Les auteurs qui illustrent cette exposition hors norme sont le Français Jean-Claude Forest, l’un des fondateurs de la BD pour adulte, et dont le célèbre album "Barbarella" fera scandale en 1964 lors de sa publication.

On retrouve également le Belge Paul Cuvelier qui réalisa en 1968 "Epoxy". L'aventure exprime sa fascination pour la mythologie et la statuaire gréco-romaines. L'autre Belge exposé, Guy Pellaert (photo), est lui atteint d'"hallucinations machiniques", une moto servant de monture à l'une de ses héroïnes.

Enfin, l'Italien Guido Crepax, au travers d'une œuvre abondante et en noir et blanc, donne dans les rapports sado-masochistes avec une élégance et un intellectualisme un peu froids mais très efficaces.
 

Portrait d’une époque d'évolutions rapides

Après des années de négation de la sexualité, ou de distribution honteuse de BD pornographiques sous le manteau, on bascule avec ces quatre auteurs dans une BD sexuée.

Tout cela a anticipé les explosions soixante-huitardes, elles-mêmes suivies dans la décennie 70 d'un assaut généralisé contre tous les tabous dans le domaine des mœurs.

Le commissaire de l’exposition tient à souligner qu'il y a "une sexualité d'étonnement, mais rien de pornographique" dans ces œuvres qui ont marqué une étape du 9e Art, longtemps considéré, rappelle-t-il, comme mineur ou enfantin".

La musique d'ambiance de l'exposition ressuscite pour sa part les années 1960 en proposant des airs "cultes" de Gainsbourg -interprété notamment par Brigitte Bardot-, de Françoise Hardy, des Beatles ou de Bob Dylan.