Ne fermer qu’en 2025 les 3 vieux réacteurs?

Sur base du rapport définitif du groupe d’experts internationaux chargé d’étudier le mix énergétique idéal de la Belgique à moyen et long terme, le ministre fédéral à l’Energie, Paul Magnette (PS), propose de prolonger de 10 ans l’exploitation des trois plus anciennes centrales nucléaires du pays. Il s’agit, selon lui, de garantir la sécurité d’approvisionnement en Belgique. Le gouvernement fédéral réclame cependant des compensations du secteur énergétique.

Le gouvernement fédéral avait chargé un groupe d’experts internationaux d’étudier le mélange énergétique idéal pour la Belgique à moyen et à long terme. Le rapport baptisé GEMIX vient d’être remis par les experts et c’est sur base de leurs conclusions que le ministre fédéral à l’Energie, Paul Magnette (photo), présentait ce jeudi sa proposition.

Le ministre socialiste suggère de maintenir ouvertes pendant dix ans supplémentaires - c’est-à-dire jusqu’en 2025 - les trois plus anciennes centrales nucléaires du pays, à savoir les réacteurs Doel 1, Doel 2 et Tihange 1. Elles possèdent une puissance de 1788 MW sur un parc nucléaire de 5800 MW.

Avec cette proposition, Paul Magnette va à l’encontre de la loi de 2003 qui prévoit la sortie progressive du nucléaire en commençant par la fermeture des trois plus anciens réacteurs vers 2015. Les autres centrales nucléaires devraient être éteintes d’ici 2025.

A l’instar des experts internationaux, Magnette craint que la Belgique ne soit confrontée à des problèmes d’approvisionnement en énergie si les trois centrales fermaient effectivement leurs portes en 2015. Il n’existerait en effet pas encore suffisamment de sources alternatives d’énergie dans le pays pour compenser le nucléaire.

Le rapport GEMIX conseille en outre de maintenir en activité les centrales plus neuves de Doel III et IV et de Tihange II et IV encore pendant 20 ans. Paul Magnette estime cependant « qu’il ne peut être question de décider aujourd’hui de prolonger les nouvelles centrales nucléaires qui ne sont pas directement concernées par la question de la sécurité d’approvisionnement ».

Des millions de revenus pour le gouvernement

Pour le groupe énergétique Electrabel/Suez qui est propriétaire des centrales nucléaires, la proposition du ministre Magnette est un cadeau tombé du ciel. Il pourra en effet alors continuer à produire à des coûts moins élevés, même s’il doit prévoir quelque 800 millions d’investissements supplémentaires.

Car le ministre fédéral à l’Energie pose des conditions au prolongement du bail des trois anciens réacteurs. Si le gouvernement approuve sa proposition, les producteurs d’énergie nucléaire seront contraints de maintenir des prix raisonnables pour les consommateurs, d’investir dans de nouvelles sources d’énergie renouvelable, tout en apportant au budget fédéral « une partie significative de la marge nucléaire, via un mécanisme structurel ».

Le gouvernement Van Rompuy espère donc obtenir une quote-part à hauteur de plusieurs centaines de millions, essentiellement de la part d’Electrabel, pour combler le déficit budgétaire. A ce niveau, les négociations sont déjà en cours depuis quelques temps. Electrabel, qui est propriété de Gaz de France-Suez, devrait ainsi verser une contribution annuelle de 250 millions d’euros. Les centrales nucléaires rapportent en effet d’énormes bénéfices.

Indignation et compensation

Les socialistes et les Verts flamands réagissent avec indignation à la proposition de Paul Magnette. Le SP.A se demande si cette mesure fera effectivement baisser le prix de l’électricité, plus élevé en Belgique que dans les pays voisins. Groen ! qualifie pour sa part la proposition de « maquignonnage ».

Lors du conseil des ministres restreint de ce vendredi matin, on semblait pourtant d’accord sur le fait que les centrales nucléaires devraient rester ouvertes plus longtemps pour garantir un approvisionnement suffisant en électricité. Les ministres soulignent en outre que la prolongation du bail des centrales permettra d'éviter l'émission de 35 millions de tonnes de CO2 et l'augmentation des prix de l'électricité de 20%. 

Les ministres ont cependant réitéré qu’Electrabel devra payer des compensations à l’Etat pour le bénéfice de l’ordre de 12 milliards d’euros qu’il effectuera si les centrales restent ouvertes dix ans supplémentaires. Electrabel se dit prêt à verser des compensations, mais à condition que la position de monopole de l’entreprise soit garantie.