Un eurodéputé menacé par la mafia refuse de siéger à Bruxelles

Pourfendeur de la mafia en Sicile et élu au Parlement européen, l'Italien Rosario Crocetta vit en permanence sous protection dans son pays, mais il ne veut pas venir siéger à Bruxelles car les autorités belges rechignent à assurer la sécurité pour ses séjours. Selon les autorités italiennes, cet ancien maire est menacé de mort par Cosa Nostra.

L'élu a informé le président du Parlement européen Jerzy Buzek de son problème. "Je suis vraiment navré de vous informer que malheureusement je ne pourrai pas me rendre aux réunions à Bruxelles", lui a-t-il annoncé dans un courrier en date du 11 septembre en lui demandant d'intercéder en sa faveur.

"Si la Belgique veut héberger le Parlement, elle doit garantir la sécurité aux élus", s'est-il insurgé dans un entretien téléphonique avec l'agence de presse française.

Ancien maire de Gela en Sicile, Rosario Crocetta, 58 ans, élu sous les couleurs du Parti démocrate, a été informé par les autorités italiennes de la volonté de Cosa Nostra, la mafia sicilienne, de l'éliminer.

L'Etat italien lui a fourni deux véhicules blindés et une escorte de quatre policiers. Après son élection au Parlement européen en juin, un de ces policiers l'a accompagné trois fois à Bruxelles, siège du PE, et une fois à Strasbourg.

A Strasbourg, les autorités françaises ont mis à sa disposition une escorte comprenant trois policiers et une voiture. "En revanche, les autorités belges n'ont toujours pas pris les mesures nécessaires à ma protection", s'est-il plaint dans son courrier à M. Buzek.

Un porte-parole du ministère belge de l’Intérieur aurait assuré que la Belgique lui a offert de la protection, sans pour autant fournir plus de précisions. Rosario Crocetta soutient le contraire. "Les autorités belges demandent des informations sur les personnes qui représenteraient un risque pour moi. C'est totalement naïf. Personne ne peut donner de telles informations", déplore-t-il.

"La mafia a atteint un tel degré d'organisation au niveau international que cela rend réel le risque pour ma sécurité dans un endroit comme le Parlement européen, où le calendrier des cinq prochaines années est programmé, détaillé et publié sur internet", souligne-t-il.

Le problème devient pressant, car les autorités italiennes ne veulent plus que le policier italien le suive en Belgique. "La mission serait apparemment trop dangereuse pour un seul officier sans le soutien des Belges", précise-t-il.