L’empereur chinois, garant de l’harmonie sur terre

« Fils du ciel », l’exposition-phare du festival Europalia, ouvrait ses portes samedi 10 octobre au Palais des Beaux-Arts (Bozar) de Bruxelles. Elle est consacrée à 5.000 ans d’histoire de Chine et aux rituels des dynasties d’empereurs. Dans la tradition chinoise, le souverain avait en effet un rôle d’intermédiaire entre le ciel et la terre. Quelque 250 chefs-d’œuvre sont exposés, dont une moitié n’étaient encore jamais sortis de Chine. A voir jusqu’au 24 janvier.

Dans la tradition chinoise, le monde nait de la séparation de la terre et du ciel. Le souverain fait office d’intermédiaire entre les deux entités. Il a reçu son mandat du ciel et doit maintenir l’harmonie sur terre, par le biais d’un grand nombre de rituels à respecter scrupuleusement. D’où son nom : fils du ciel.

Plus de 200 de ces « fils » se sont succédés dans l’Empire du Milieu, depuis l’apparition des élites néolithiques en 3.500 avant JC jusqu’aux empereurs de la deuxième dynastie Qing (1644-1912).

L’exposition se concentre sur le faste à la cour des différentes dynasties. « Les rituels pratiqués par les empereurs étaient de grands événements. Tout était exécuté avec le plus grand soin, accompagné de musique, de tuniques et de divers objets de culte, comme des récipients d’offrandes », explique Ilse Timperman, licenciée en sinologie et co-commissaire de l’exposition, aux côtés de Qian Wei et Jean-Paul Desroches.

L’exposition s’ouvre ainsi sur une petite figurine de jade (photo ci-dessus) en position accroupie, datant de la période néolithique (3500-3300 av. JC). Elle fut découverte dans une tombe de l’élite du site Lingjiatan.

En passant devant un carillon de bronze de 34 cloches (photo) avec des montants en bois peints (300 av. JC) très bien conservé dans une tombe, puis des armures de cuir et laque, deux inévitables fantassins en terre cuite de la dynastie Qin, on arrive à l’une des pièces maîtresses de l’exposition : un linceul (photo) composé de 4248 plaquettes de jade reliées entre elles par des fils d’or. Il date de la dynastie des Hans occidentaux (206 av.-9 apr. JC) et a été découvert dans la tombe du roi des Chu.

A côté de plusieurs trésors témoignant de la puissance des empereurs - comme d’énormes rouleaux de soie sur lesquels sont peints les portraits de représentants de la dynastie Qing ou le trône du palais d’été de la dernière dynastie -, on trouve également des objets qui rappellent que les souverains firent aussi appel à l’astronomie pour établir, par exemple, les calendriers.

Un Belge à la cour impériale

Pour maintenir l’harmonie entre ciel et terre, les souverains firent appel à des conseillers étrangers. L’astronomie moderne apportée en Chine par les Pères Jésuites au 17e siècle vint soutenir de façon scientifique cette relation avec le ciel.

C’est à cette époque que le Jésuite belge Ferdinand Verbiest (1623-1688) devint astronome principal à la cour de l’empereur Kangxi. Il dirigea le Bureau astronomique de la dynastie Qing et fit construire un observatoire à Pékin. L’exposition au Bozar présente deux objets de grande valeur réalisés par Verbiest : d’une part une sphère armillaire (photo) en argent doré et bois de santal (1669) que le Belge offrit à l’empereur Kangxi au moment de sa nomination à la tête du Bureau astronomique, et d’autre part le document « Typus Eclipsis Lunae » de 1671.

Il s’agit d’un rouleau en papier de riz indiquant la situation et le moment précis de l’éclipse lunaire du 25 mars 1671. Une pièce qui a été prêtée par la Bibliothèque royale de Belgique.

« Fils du Ciel » est la plus grande exposition sur les empereurs de Chine jamais présentée. Elle doit notamment son intérêt au rassemblement, dans une salle, de quatre robes cérémonielles de cour chaofu en taffetas. Elles datent de la période Jiaqing de la dynastie Qing. L’empereur portait ces robes rouge, jaune, bleu clair et bleu foncé (photo) richement brodées lors de divers types de prières ou sacrifices au soleil, à la terre, à la lune et au ciel.

Parmi les 250 chefs-d’œuvre, provenant de 6 provinces de Chine ainsi que du Musée de la Cité interdite à Pékin, présentés au Bozar la moitié environ n’avaient jamais quitté la Chine auparavant. C’est cela aussi qui fait l’attrait de cette exposition, à voir jusqu’au 24 janvier 2010.

Parcours « Fils du Ciel » au Musée Guimet

A Paris, le Musée national des Arts asiatiques Guimet présente aussi jusqu’au 24 janvier un parcours exceptionnel dédié au fils du ciel. Il s’agit essentiellement de peintures impériales qui appartenaient jusqu’en 1939 au Musée du Louvres.

Ce Musée est dirigé par Jean-Paul Desroches, l’un des curateurs de l’exposition à Bruxelles.
 

Anne François