Pierre Harmel est décédé

L’ancien Premier ministre, ministre des Affaires Etrangères et de la Justice notamment, comte et ministre d’Etat s’est éteint ce dimanche à Bruxelles à l’âge de 98 ans. Dans les années 1950 et ’60, le démocrate-chrétien francophone joua un rôle primordial dans la politique belge. Il acquit une renommée internationale pour son rôle dans l’intégration européenne et pour sa nouvelle "doctrine" pour l’Otan.

Il y a sans doute peu d’hommes qui auront marqué à tel point la vie politique belge pendant près d’un quart de siècle. Pierre Harmel fut membre de tous les gouvernements belges entre 1950 et 1963 et vécut de nombreux grands événements politiques du 20e siècle, tels que la guerre scolaire, la Question royale, l’indépendance du Congo, les grandes grèves de 1960, la scission de l’Université Catholique de Louvain et les premières réformes de l’Etat.

Né en 1911 dans la commune bruxelloise d’Uccle, Harmel passa néanmoins une bonne partie de sa vie à Liège, notamment pour y effectuer des études universitaires en droit, en sciences sociales et en notariat.

Elu au sein du parti démocrate-chrétien francophone (PSC), Pierre Harmel fit son entrée au Parlement en 1946. Entre 1950 et 1973, il fut membre de tous les gouvernements fédéraux. Ainsi, au début des années 1950, il était nommé ministre de l’Enseignement. C’est la période de la guerre scolaire entre les défenseurs de l’enseignement secondaire catholique et ceux de l’enseignement laïque.

En 1958, Harmel était à la base du Pacte scolaire, signé entre les partis social-chrétien, libéral et socialiste, qui organisa la coexistence des écoles libres et publiques.

Harmel occupa ensuite divers postes ministériels, comme celui de la Justice, de l’Instruction publique, de la Culture ou de la Fonction publique. En 1965-66, il dirigea brièvement le gouvernement social-chrétien et socialiste. C’est l’époque à laquelle les manifestations contre la fermeture de la mine limbourgeoise du Zwartberg firent deux morts.

Actif à l’Otan et pour l’intégration européenne

Au niveau international, Pierre Harmel fut cependant avant tout remarqué dans sa fonction de ministre des Affaires Etrangères. C’est en 1966 qu’il succéda à Paul-Henri Spaak à ce poste. Il y fut notamment confronté à la crise de l’Otan et au déménagement du Shape hors de France.

Au sein de l’Otan, Harmel fit accepter un plan de relance atlantique. Il est également connu comme le père de la « doctrine Harmel », qui prônait la fermeté dans le dialogue et les rapports entre l’Est et l’Ouest.

Mais Pierre Harmel joua également un rôle actif pour l’intégration européenne et l’élargissement de la Communauté européenne. En 1980, il recevait d’ailleurs à ce titre la médaille d’or « Robert Schuman » de la Fondation ‘Freiherr von Stein’ pour sa contribution exceptionnelle à la cause de l’unité de l’Europe. Il doit en outre son titre de comte au Roi Albert II.

Dans les années 1970, Harmel fut nommé Sénateur coopté, puis élu directement au Sénat. En 1973, il devenait président du Sénat. Il quitta la vie politique en 1977, à l’âge de 66 ans. Le Centre Harmel (Centre de recherche pour la solution nationale des problèmes sociaux, politiques et juridiques en régions wallonnes et flamandes), créé dans les années 1950, est à l’origine de nombreuses réformes institutionnelles en Belgique.

Sur le chemin de la Détente

Alors qu’il était ministre des Affaires Etrangères, Pierre Harmel élabora en 1967 une doctrine pour l’Otan intitulée « Future tasks of the Alliance ».

Mondialement connue sous le nom de « doctrine Harmel », elle prônait une Alliance forte et défensive, tout en préconisant un rapprochement entre les pays de l’Otan et ceux du Pacte de Varsovie.

Cette doctrine ouvrit la porte à une détente dans les années 1970, puis aux accords est-ouest de Helsinki et à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).