La soie chatoyante des brocarts de Nanjing

C’est sans doute l’une des expositions les plus succinctes mais aussi les plus raffinées d’Europalia Chine qu’accueille le Musée du Cinquantenaire à Bruxelles, jusqu’au 7 février. Dans une seule salle avec mezzanine, elle présente la production séculaire de soieries en Chine et la technique traditionnelle de tissage du brocart à Nanjing, avec un authentique métier à tisser et de somptueux costumes à l’appui.

Il y a environ 7.000 ans, les Chinois développaient une technique pour filer la soie à partir du cocon du ver à soie. Ce cocon est fait d’un seul fil qui peut atteindre jusqu’à 900 mètres de long. Mais pour disposer d’un stock permanent de cocons, il fallut « domestiquer » le ver qui mange presque sans cesse et uniquement des feuilles fraîches de mûrier.

Parmi les soieries du monde, le brocart chinois est le plus avancé du point de vue technique. Son raffinement en ont fait l’étoffe préférée de la famille impériale, pendant des dynasties. Les plus beaux brocarts sont fabriqués dans la province du Sichuan, à Chengdu, et la province du Jiangsu, à Suzhou ainsi que Nanjing, qui fut la capitale de la Chine sous six dynasties.

Le premier brocart fut tissé à Nanjing il y a plus de 1.500 ans. En combinant les techniques de tissage de la soie reprises à différents groupes ethniques de Chine, les tisserands de Nanjing obtinrent un produit d’une qualité exceptionnelle. Le brocart fut d’ailleurs aussi promu et exporté via la Route de la Soie.

L’exposition présente notamment un petit plan, datant de la dynastie Qing (1644-1911), de la fabrique de Nanjing. Vers 1645, une nouvelle unité de production y fut lancée, sur base de l’industrie de la soie existante. Jusqu’en 1904, cette usine fabriqua des brocarts pour le seul usage impérial.

Au patrimoine culturel immatériel de l’humanité

L’exposition aux Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles est organisée en collaboration avec le Nanjing Brocade Research Institute, qui tente de reconstituer l’histoire complexe du brocart chinois et de restaurer la technique traditionnelle de tissage, disparue au fil des siècles, sur base de fragments d’étoffes archéologiques.

On peut ainsi admirer dans la salle unique de l’exposition une étoffe de gaze blanche, que l’Institut de recherche de Nanjing a pu reproduire au terme de 13 années d’étude de fragments découverts dans des tombes Han (206-220 apr. JC), dans la province de Hunan.

Récemment l’Unesco inscrivait d’ailleurs au patrimoine culturel immatériel de l’humanité l’artisanat traditionnel du brocart de Nanjing.

La pièce maîtresse de l’exposition bruxelloise est un authentique métier à tisser Jacquard (photo principale), tout en bois, bambou et corde, datant de 1975. Il requiert le travail simultané de deux tisserands, l’un actionnant les lisses avec des pédales et passant la navette entre les fils, tandis que l’autre réalise le dessin en tirant un jeu de cordes approprié du semple.

Divers métiers à tisser ont servi à réaliser le brocart de Nanjing. Le plus complexe était utilisé pour le brocart de la famille impériale et nécessitait le travail de 2 tisserands pour fabriquer entre 5 à 6 cm d’étoffe par jour !

Matières précieuses et fabrication artisanale

Au cours de l’histoire, les tisserands de Nanjing développèrent 4 types de brocart : la soierie Ku ou satin du palais, la soierie d’or, le brocard Ku et la soierie Zhuanghua. Les trois premiers types peuvent aujourd’hui encore être tissés sur un métier mécanique. Summum du raffinement du tissage chinois, le Zhuanghua reste par contre de fabrication strictement artisanale, tant il est compliqué.

Les fils de soie utilisés pour le brocart sont colorés avec des végétaux, pour devenir rouge vif, bleu étincelant, turquoise, jaune, ocre, notamment. Des matières précieuses, telles que des fils d’or ou d’argent, et même des plumes de paon transformées en fil pour ajouter une touche colorée au textile, rehaussent encore la qualité du brocart chinois.

Un film expliquant la préparation des fils de soie et les techniques de tissage du brocart, mais aussi un rouet en bois illustrant le passage du cocon du ver au fil de soie complètent l’exposition.

Mais on admirera surtout la beauté chatoyante et la minutie du travail d’une vingtaine de tissus de soie et robes ou tuniques exposés au Musée du Cinquantenaire. Une partie des costumes présentés proviennent des collections chinoises des Musées royaux d’Art et d’Histoire.

Il y a ainsi plusieurs robes de fonctionnaires, datant de la dynastie Qing (1644-1911). Comme cette robe d’un fonctionnaire civil portant l’insigne de la grue, symbole du rang civil le plus élevé à la cour impériale. De tons bleus et rouges, elle est tissée de fils d’or et de plumes de paon. Ou cette « robe-dragon » en tapisserie pour fonctionnaire impérial, dans les tons bleu clair, vert et brun.

Mais il y a aussi une robe dragon jaune (photo) offerte en cadeau par le gouvernement Qing au roi des îles Ryûkyû (au nord-ouest du Japon), ou cette robe dragon rouge éclatant de Zhuanghua qui fut la tenue ordinaire des empereurs Qing. Elle arbore 8 dragons, le 9e étant caché sur la face intérieure du tissu - le chiffre 9 est celui du bon augure dans la tradition chinoise.

L’un des rares vêtements féminins présentés est une courte tunique en gaze brodée, de provenance impériale, datant du 19e siècle. Des motifs de dragon sur fond d’océan et de nuages sont brodés en soie, fils d’or et d’argent. Un phénix décore les manchettes en satin.

L’exposition « Brocarts de Nanjing » est à voir jusqu’au 7 février 2010, aux Musées royaux d’Art et d’Histoire, Cinquantenaire 10 à 1000 Bruxelles.

Ouverture du mardi au dimanche, de 10 à 17h00.

Anne François