Vers une monarchie plus protocolaire?

La plupart des partis politiques belges - flamands comme francophones - seraient favorables à une réforme de la monarchie allant dans le sens de la suppression des dernières prérogatives politiques accordées au Roi. C’est en tous cas ce qui ressort d’un sondage réalisé par les quotidiens De Standaard et La Libre Belgique. Seul le CD&V considère que pareille réforme n’est pas une priorité actuellement.

L’idée de modifier le rôle du souverain belge et ses prérogatives politiques n’est certainement pas neuve. Comme le rappelle La Libre Belgique, le débat fut lancé fin mars 1990 lorsque le roi Baudouin faisait savoir au Premier ministre Wilfried Martens qu’il avait un problème de conscience avec la légalisation de l’avortement. Le Roi refusant de signer la proposition de loi, le gouvernement Martens VIII décidait de placer Baudouin en incapacité temporaire de régner. Et c’est le gouvernement qui, seul, signa cette loi controversée.

A l’époque, Wilfried Martens proposait déjà au Parlement de « mettre en place des changements structurels pour éviter que de tels problèmes se posent à nouveau à l’avenir ». Mais 20 ans après cette crise politique de taille, la loi n’a toujours pas été modifiée.

Le dossier publié ce week-end par les quotidiens De Standaard et La Libre Belgique révèle cependant que la plupart des partis politiques du pays - tant francophones que flamands - sont aujourd’hui favorables, ou du moins ouverts, à une réforme de la monarchie dans le sens du modèle protocolaire scandinave.

Si le président de la N-VA, Bart De Wever, plaide déjà de longue date pour une limitation du pouvoir du souverain, il est plus étonnant que les partis francophones se montrent maintenant également ouverts à une modification du rôle du Roi avec, notamment, une abolition de la sanction des lois par le souverain. Ces dernières années, les politiciens francophones avaient en effet défendu la maison royale contre les critiques des Flamands, voyant ces dernières comme une volonté de briser l’unité de la Belgique.

Aujourd’hui, des ténors d’Ecolo, du PS, du CDH et du MR estiment clairement que le moment est venu de débattre d’une adaptation du système. La ministre Laurette Onkelinx (PS) estime que « c’est le moment où jamais, alors que l’on réfléchit à un nouveau modèle institutionnel belge, de travailler à la modernisation du rôle de la monarchie en Belgique ».

Son collègue libéral Didier Reynders (MR) juge, pour sa part, qu’on « va entrer, à terme, dans un type de monarchie plus protocolaire, comme on en connait ailleurs. C’est inévitable ».

Pas une priorité pour le CD&V

Presque tous les partis flamands sondés se disent favorables à une réforme de la monarchie, à l’heure où une succession d’Albert II par son fils Philippe semble approcher.

« Le roi a beaucoup travaillé ces dernières années. Donnons-lui l’occasion d’aller se reposer », déclare Caroline Gennez, présidente du SP.A Pour Alexander De Croo, président de l’Open VLD, « il est temps d’avancer vers une monarchie protocolaire, comme dans les pays scandinaves ».

Seuls les démocrates-chrétiens du CD&V semblent plus réticents à une réforme. « Dans la pratique, nous pouvons continuer avec les règles que nous avons », affirme la présidente de parti Marianne Thyssen (photo). « Il y a déjà assez de problèmes sur la table. Pour nous, ce n’est pas une priorité actuellement ».

Les partis écologistes Groen ! et Ecolo semblent aussi vouloir se diriger vers une réduction du pouvoir de la famille royale. « La monarchie n’est pas le problème majeur de la démocratie à l’heure actuelle. Mais en tant que parti, nous pensons que la royauté doit devenir purement cérémonielle », précise Wouter Van Besien, président des écologistes flamands.

Concrètement, il serait ainsi question de retirer au souverain ses prérogatives politiques, comme la signature de lois et la désignation d’informateurs et formateurs pour la constitution d’un nouveau gouvernement. Cette désignation pourrait en effet être effectuée par le président de la Chambre ou du Sénat.