Vangheluwe démissionne pour abus sexuel

Roger Vangheluwe a reconnu avoir abusé, il y a de nombreuses années, d’un jeune garçon de son entourage proche, avant et peu après avoir été nommé évêque de Bruges. L’archevêque de Malines-Bruxelles, Monseigneur Léonard, a annoncé la démission de l’évêque brugeois au cours d’une conférence de presse.

La conférence de presse donnée ce vendredi à Bruxelles rassemblait le porte-parole de l’évêché de Bruges, l’archevêque de Malines-Bruxelles Monseigneur André-Joseph Léonard, mais aussi l’évêque de Tournai Guy Harpigny chargé de la Commission de traitement des plaintes pour abus sexuels dans le cadre d’une relation pastorale, et le pédopsychiatre Peter Adriaenssens, qui préside cette Commission.

Le porte-parole de l’évêché de Bruges a tout d’abord lu une déclaration de l’évêque démissionnaire : « Les faits remontent loin dans le temps, mais la victime semble marquée par les faits. Tant chez lui que chez moi, la guérison ne se fait pas. Je regrette infiniment ce que j’ai fait et je présente mes excuses à la victime, sa famille et toute la communauté de l’Eglise ».

Les faits remonteraient à 30 ans d’ici, mais se seraient déroulés sur plusieurs années. Au cours des décennies, Roger Vangheluwe (photo d'archives, au centre) aurait déjà présenté à plusieurs reprises ses excuses et demandé pardon. « Mais l’attention portée au problème par les médias ces dernières semaines a rendu le traumatisme insoutenable. J’ai présenté ma démission au pape Benoît XVI, qu’il l’a acceptée. Je me retire pour réfléchir ».

C’est la première fois qu’un évêque avoue publiquement des faits d’abus sexuels en Belgique et donne sa démission. Ces dernières semaines, des évêques ont par contre donné leur démission pour des raisons similaires dans d’autres pays européens.

Prouver une volonté de transparence

L’archevêque André-Joseph Léonard (photo) prenait ensuite la parole, exprimant d’abord sa compassion à la victime et ses proches. « Nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation particulièrement grave. Monseigneur Vangheluwe a, comme tout autre être humain, droit au repentir et à la charité de Dieu. Mais pour ce qui est de sa fonction, il démissionne immédiatement en tant qu’évêque, par respect pour la famille et la vérité ».

Pour l’Eglise catholique, il s’agit d’un nouveau scandale d’abus sexuel envers des mineurs d’âge. Jusqu’à présent, la Belgique y avait échappé. Mais pour l’archevêque Léonard, il ne peut avoir dans ce domaine « aucune voie intermédiaire ».

La démission de l’évêque de Bruges - qui avait récemment fêté ses 25 ans de fonction - et la conférence de presse de ce vendredi doivent prouver, selon Mgr Léonard, « la volonté de transparence que l’Eglise catholique de Belgique souhaite respecter strictement. L’Eglise veut ainsi tourner résolument la page d’un passé pas si lointain, où le silence ou l’étouffement étaient choisis ».

« Nous, ses confrères, nous sommes conscients que sa démission pourra entraîner une crise de confiance chez beaucoup de gens. Nous espérons cependant que la sagesse prendra le dessus et que le discrédit ne sera pas jeté, à tord, sur les évêques et prêtres. Car la majorité d’entre eux mènent une vie qui correspond à leur vocation ».

"L’inconcevable est devenu concret"

« L’affaire est incompréhensible pour les collaborateurs directs de Roger Vangheluwe et tout l’évêché », déclarait ensuite le porte-parole de l’évêché de Bruges (photo).

« L’entourage de l’évêque est surpris, choqué et désemparé. Il n’y avait en effet aucun indice du problème grave que vivait l’évêque. Ses collaborateurs respectent sa décision et expriment leur compassion pour ceux qui ont souffert. Le mot ‘inconcevable’ est devenu concret pour nous. Chaque cas est un cas de trop, mais nous voulons souligner qu’il s’agit d’exceptions ».

Il est extrêmement rare qu’un évêque démissionne en Belgique. L’archevêque Léonard n’a pas de compétence juridique ecclésiastique à l’égard d’un évêque. Il reviendra donc à la justice ecclésiastique de décider de sanctions éventuelles à l’encontre de Roger Vangheluwe.

Le parquet de Bruges a précisé qu’aucune enquête judiciaire n’est en cours à l’encontre de l’évêque de Bruges. La justice n’a jamais reçu de plainte officielle.

La Commission de traitement des plaintes pour abus sexuels dans le cadre d’une relation pastorale a ouvert un point de contact téléphonique qui permet aux victimes de pareils abus de se confier dans tout anonymat. Le numéro d’appel est le 106.