750 milliards pour protéger l’euro

Au terme de plus de 11 heures de négociations en un sommet convoqué d’urgence à Bruxelles, les ministres des Finances des 27 pays de l’Union européenne se sont mis d’accord, dans la nuit de dimanche à lundi, sur un plan de secours inédit pour les pays de la zone euro allant jusqu’à 750 milliards d’euros. Cette aide doit permettre, notamment, au pays fragilisés financièrement de faire face aux spéculateurs et éviter une crise financière qui pourrait toucher toute la planète. Le ministre du Budget sortant, Guy Vanhengel, s’est dit ravi que l’UE ait retrouvé sa force de frappe.

Le week-end dernier, les 16 pays de la zone euro s’étaient accordés à Bruxelles sur un plan de sauvetage pour la Grèce menacée par la faillite - une faillite qui risquait d’entraîner dans son sillage la banqueroute financière d’autres pays de l’Union, tels que l’Espagne, le Portugal ou l’Irlande et l’Italie. L’enveloppe prévue par les ministres des Finances était de 110 milliards d’euros de prêts sur trois ans, dont 80 milliards avancés par les autres pays de la zone euro et 30 milliards débloqués par le Fonds monétaire international (FMI).

Ce plan de sauvetage ne s’appliquant cependant pas aux autres pays de la zone euro fragilisés et les déclarations de ces derniers et des dirigeants européens affirmant que ces quatre pays étaient bel et bien solvables ne parvenant pas à convaincre les investisseurs, des spéculations avaient commencé à monter, menaçant tout simplement la survie de l’euro.

C’est la raison pour laquelle les 27 membres de l’Union s’étaient accordés sur la nécessité de faire face ensemble à des tentatives de déstabilisation au sein de la zone euro et de mettre en place un mécanisme pour aider, si nécessaire, les pays de cette zone. Un sommet d’urgence rassemblait donc à Bruxelles, ce week-end, les ministres des Finances de l’Union européenne, des représentants de la Commission européenne et de la Banque Centrale européenne.

Vers 2h00, ce lundi matin, le Commissaire européen à l’Economie, Olli Rehm, et la présidente espagnole à l’Union, Elena Salgado (photo principale), annonçaient un accord sur la mise en place d’un mécanisme de soutien pour toute la zone euro. L’accord avait dû intervenir avant la réouverture des marchés de change en Asie, pour éviter un nouveau scénario de crise financière mondiale.

Le Commissaire Olli Rehn soulignait que le programme de prêts mis en place ne sera utilisé « qu’en cas de nécessité » et à des conditions très rigoureuses que devront respecter les pays de la zone euro concernés.

FMI et BCE apportent aussi leur aide

Le plan de secours comprend 440 milliards d’euros de prêts et garanties des pays de la zone euro (dont 20 milliards de garanties avancées par la Belgique), ainsi que 60 milliards d’euros de prêts venant de la Commission européenne, soit un total de 500 milliards.

A cela s’ajoute un montant de 250 milliards d’euros, sous forme de prêts, avancé par le Fonds monétaire international. Cette aide sera octroyée via d’autres banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine, la Bank of England, Bank of Canada, Bank of Japan et la Banque centrale suisse.

La Banque centrale européenne (BCE) a, quant à elle, décidé de soulager le marché de la dette en zone euro. L’institut installé à Francfort (Allemagne) achètera ainsi des titres obligataires d’Etats des pays faibles de la zone euro, ce qui équivaut à un prêt d’argent.

Le plan historique devrait endiguer les spéculations contre l’euro et contre les titres obligataires d’Etat de pays tels que l’Espagne et le Portugal. Madrid et Lisbonne se sont d’ailleurs engagés à prendre des mesures supplémentaires pour réduire leurs déficits en 2010 et 20112 et rassurer ainsi rapidement les marchés. Ces derniers semblent d’ailleurs avoir immédiatement réagi positivement au plan de sauvetage adopté ce lundi à l’aube.

Vanhengel et Van Rompuy: réactions positives

A la suite de l’accord sur le plan de secours pour la zone euro conclu dans la nuit à Bruxelles, le ministre belge du Budget, Guy Vanhengel (Open VLD, photo), a estimé que l’Europe avait retrouvé sa force de frappe.

« Ce plan contient aussi les premières étapes d’un marché européen des obligations », estimait le ministre démissionnaire, ajoutant que « pour la première fois, le petit bras de fer en cours depuis de nombreuses semaines sur les marchés financiers a été gagné par les autorités politiques ». Selon Vanhengel, l’ampleur du mécanisme adopté par les 27 « suffit pour rassurer les marchés que tous les prêts seront remboursés ».

Le ministre belge reconnaissait cependant que l’accord conclu n’est pas une solution optimale. Il regrette que la Commission européenne n’ait pas réagi plus rapidement à la crise naissante.

De son côté, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, estimait ce lundi midi que l’Europe avait bien réagi à court terme et que le plan de secours adopté devrait permettre au calme de revenir sur les marchés financiers.

A long terme cependant, « cela ne suffira pas. Je pense que nous devons maintenant travailler en profondeur dans chaque pays de l’Union pour y retrouver une économie et un budget sains, afin que la stabilisation dure à long terme ».

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