"Une nouvelle Belgique en esquisse"

Suite aux résultats des élections législatives, le correspondant de Ouest-France, le Français Nicolas Gros-Verheyde qui réside en Belgique, jette un regard averti sur l'état et l'avenir du pays. Pour lui, notre pays doit se renouveler sans pour autant se scinder.

Oui c’est bien une nouvelle Belgique qui s’esquisse. Et tout n’est pas aussi noir que certains veulent bien le décrire… Je ne partagerai donc pas le catastrophisme de certains analystes français sur la Belgique après élections. Cet « espèce » de plat pays niché entre la France, l’Allemagne et les Pays-Bas a un avenir. Et un bel avenir peut-être…

Le résultat des élections est, d’une certaine façon, une bonne chose. Les élections mettent clairement deux partis en tête, de chaque côté du pays. Deux partis – la NVA, le PS – qui portent des projets différents — davantage en matière socio-économique d’ailleurs qu’en matière institutionnelle — mais qui d’une certaine façon sont condamnés à s’entendre. On pourra peut-être, enfin, régler la question des structures de l’État belge, pour éviter ces discussions sempiternelles qui polluent depuis des années la vie politique. Cet accord, impossible à envisager il y a quelques mois encore, paraît maintenant à portée de main.

Trop complexe, mal conçu, le modèle de l’État belge ne paraît plus, en effet, adapté aux évolutions modernes, à la situation économique et sociale ainsi qu’à la sociologie politique de ses habitants. L’enchevêtrement des structures n’aide pas vraiment au fonctionnement de l’État. Essayer d’expliquer à des lecteurs français que la ratification du moindre traité européen suppose la ratification de 7 Parlements suscite en général plus que l’étonnement. C’est déjà un miracle qu’il ait tenu aussi longtemps. C’est l’erreur des francophones de ne pas avoir compris cela plus tôt.

Certes la tentation est grande de ne pas faire une réforme drastique d’un État et d’opter pour la séparation. La tentation du séparatisme est grande aujourd’hui et de moins en moins taboue, y compris au sud du pays. Mais elle serait une erreur. Car les problèmes structurels demeureront. Et on ne fait pas un nouveau pays car on n’aime plus son voisin ou comme on change de matelas, pour 10 ou 20 ans. Comme Montesquieu le disait sagement : « Quand une chose bonne a un inconvénient, il est d'ordinairement plus prudent d'ôter l'inconvénient que la chose. »

Le modèle tchécoslovaque ?

Les exemples de séparation réussies n’existent pas vraiment en Europe. Bien souvent, le modèle tchécoslovaque est montré comme le « bon » exemple à suivre d’une séparation d’un État en deux. Or, cette séparation est tout… sauf un modèle. Certes la séparation a été pacifique. Mais au bilan, les résultats économique et politique ne sont pas aujourd'hui très heureux. Au nord, la République tchèque, qui était la plus riche des deux, est empêtrée dans une instabilité gouvernementale chronique. Sa présidence de l’Union européenne a prouvé toute son irrationalité et son manque de sérieux. Au sud, la Slovaquie, la partie le plus pauvre des deux, ne s’en sort pas trop mal au niveau économique. Mais son modèle de croissance reste soumis au vent de forces extérieures. De plus, les deux Etats, plus petits, sont en proie à une question lancinante de minorités — les Roms d’un côté, les Hongrois de l’autre —devenues, au fil des années, un problème politique majeur. Enfin, ces pays ne pèsent quasiment plus rien sur la scène européenne, et encore moins mondiale, alors que la Tchécoslovaquie a toujours été une référence au niveau européen. Est-ce cela que les Belges veulent ? Deux petits États ballottés au gré du développement et de la croissance de leurs voisins.

Il ne faut pas s’illusionner. L’indépendance ou l’autonomie ne règleront pas vraiment les problèmes de fond. La Flandre continuera d’avoir des minorités francophones qui seront encore plus un problème, une question de politique étrangère. Elle continuera d’avoir des seniors en nombre dont il faudra financer les retraites et la santé. La Wallonie et Bruxelles auront à se doter de moyens autonomes pour assurer leur développement économique et trouver des débouchés pour ses chômeurs…

En bref, les problèmes qui se posent aujourd’hui, s’ils ne sont pas résolus par les négociateurs gouvernementaux, resteront posés demain aux régions qui chercheront leur salut dans l’autonomie. Bart, Elio et les autres, je n’aurai qu’un mot : cherchez à faire vivre la nouvelle Belgique, et non à créer deux ersatz aussi insipides et nationalistes qu’inutiles.

Nicolas Gros-Verheyde

Nicolas Gros-Verheyde est correspondant "Affaires européennes" de Ouest-France à Bruxelles, après avoir occupé le même poste à France-Soir. Spécialiste des questions de défense et de sécurité, il contribue également à La Lettre de l’Expansion.

Il a commencé sa carrière de journaliste comme reporter en Europe de l’Est, en 1989, au moment de la transition et de la réunification, après avoir travaillé dans des ONG de secours d’urgence ou de développement.

Nicolas Gros-Verheyde a travaillé notamment pour Le Quotidien de Paris, La Tribune, Arte et LCI, à Radio-France Urgences et à l’agence de presse « Europolitique ». Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont un sur le Service national (éditions Puits-Fleuri, 1998).

Depuis l’été 2008, il a créé un blog spécialement dédié à l’Europe de la défense (www.bruxelles2.eu). Conçu comme un instrument d’actualité et d’analyse, ce webnews entend se faire l’écho de ce qui se passe « derrière les murs » des institutions européennes (Conseil, État-Major, Commission), en matière de stratégie et de politique de défense, de missions civiles et militaires, d’évolutions des esprits et des politiques industrielles. Avec des reportages, analyses, news et coups de gueule.