Dix heures d’audition pour Godfried Danneels

Le cardinal Godfried Danneels, ancien primat de Belgique, a pu quitter peu avant 20h00, ce mardi, les bureaux de la police fédérale judiciaire après y avoir été entendu pendant 10 heures, comme témoin, dans le cadre des affaires d’abus d’enfants commis par des prêtres. Aucun commentaire n’a été fait à l’issue de l’audition, mais Danneels a notamment été confronté au pédopsychiatre Peter Adriaenssens, ancien président de la Commission pour le traitement d’abus sexuels commis dans le cadre d’une relation pastorale.

L’audition du cardinal Godfried Danneels aux bureaux de la police fédérale judiciaire s’est terminée mardi vers 19h45, soit environ 10 heures après qu’elle ait commencé. L’ancien primat de Belgique aurait été entendu pendant toute la journée à propos d’une possible tentative de mise sous silence d’affaires d’abus sexuels sur des mineurs d’âge commis par des membres de l’Eglise catholique belge.

Le cardinal était interrogé en tant que témoin et n’a pas été inculpé à l’issue de l’audition.

A son départ du lieu de l’audition, Godfried Danneels avait l’air fatigué. Plus tôt dans la soirée, il avait été brièvement examiné par un médecin légiste, pour vérifier que l’audition ne nuisait pas trop à sa santé.

A l’issue de l’audition, le cardinal n’a pas voulu faire de déclaration et le parquet était injoignable pour un commentaire.

Adriaenssens : "Danneels est très accablé"

Ce mardi, les enquêteurs ont non seulement interrogé Godfried Danneels pendant des heures, mais ils l’ont également confronté à Peter Adriaenssens, le pédopsychiatre flamand qui dirigeait la Commission pour le traitement de plaintes pour abus sexuels commis dans le cadre d’une relation pastorale.

Selon Adriaenssens (photo), qui a démissionné de ses fonctions après que la justice ait saisi l’entièreté des 475 dossiers qui avaient été ouverts par la Commission, le nom de Godfried Danneels aurait été cité dans une cinquantaine de dossiers. A l’issue de sa confrontation avec l’ancien primat de Belgique, le pédopsychiatre n’a pas voulu faire de commentaire.

« Je ne veux et ne peux rien dire sur le contenu de la confrontation. C’est à la justice de faire son travail ». Adriaenssens avouait cependant que le cardinal avait l’air choqué : « Il est surpris que des faits d’une telle sévérité soient mis en relation avec son nom ».

L’ancienne présidente de la Commission pour le traitement d’abus sexuels, Godelieve Halsberghe, a également été confrontée au cardinal. De longue date, Halsberghe affirme que Danneels avait été mis au courant de faits d’abus contre des enfants au sein de l’Eglise mais qu’il n’a jamais rien entrepris contre les abuseurs. Pire encore, affirme l’ancienne présidente, Danneels aurait tenté de mettre des bâtons dans les roues de la Commission.

Selon des informations obtenues par la VRT, le cardinal Danneels aurait donné des réponses assez évasives aux enquêteurs lors de son audition. Cette dernière aurait également porté sur un DVD reprenant toute l’enquête sur le dossier Dutroux qui a été trouvé lors de la perquisition au palais épiscopal à Malines.

Entretemps, le parquet-général a demandé l’entièreté du dossier au juge d’instruction de Bruxelles pour pouvoir déterminer si les perquisitions commises à l’archevêché de Malines-Bruxelles, au domicile de Godfried Danneels et à la Commission Adriaenssens à Louvain se sont déroulées selon les règles.

Les évêques se disent étonnés par les révélations

Le Service de presse des Evêques a réagi ce mercredi avec étonnement à l'article paru mardi dans le journal flamand "Het Laatste Nieuws". Cet article évoquait le fait que le parquet de Bruxelles ait trouvé, lors des perquisitions à l'archevêché de Malines, des documents dont il se demande comment ils sont arrivés là.

Il s'agissait notamment des documents traitant des exhumations des corps de Julie et Melissa (victimes du pédophile Marc Dutroux) et de documents concernant des faits de pédophilie qui n'étaient destinés qu'à la justice, selon le quotidien.

Les évêques affirment ne pas savoir sur quels éléments se basaient ces informations. L'avocat de l'Archevêché a fait parvenir un courrier à la Justice avec des questions bien précises, note le communiqué, notamment pour savoir d'où viennent ces informations, si elles sont correctes, pourquoi elles ont été rendues publiques et où se trouvaient les documents en question. Jusqu'à présent, aucune réponse n'a été donnée à ce courrier, selon les évêques.

L'Archevêché dit en être réduit à communiquer sur base des informations dont il dispose. D'après une recherche en interne, il ne s'agirait pas de dossiers sous forme papier, mais de deux CD-ROMs qui auraient été envoyés par un tiers bien connu de la presse et de l'archevêché.

Comme le mentionne la presse, ces CD-ROMs furent également envoyés, durant l'affaire Dutroux, à des journalistes judiciaires, des politiciens et d'autres personnalités du pays. Il ne s'agirait donc pas d'une "trouvaille unique", selon le communiqué retransmis par l'agence de presse Belga.