Le Wall Street Journal critique De Gucht

Le journal financier américain a condamné ce mardi les propos tenus jeudi dernier par l’ancien ministre belge Karel De Gucht (Open VLD), et actuel Commissaire européen au Commerce, dans le cadre d’une interview à la VRT sur la relance des négociations entre Israéliens et Palestiniens. De Gucht avait notamment affirmé qu’il ne fallait pas « sous-estimer le lobby juif au Capitole ». Le Wall Street Journal réclame sa révocation.

Interviewé le 2 septembre sur la première chaîne radio de la VRT au sujet des chances de succès des pourparlers directs de paix entre Israéliens et Palestiniens, l’ancien ministre des Affaires Etrangères et actuel Commissaire européen au Commerce s’était montré assez sceptique. Il pointait d’une part les divisions entre Palestiniens et le fait que le Hamas, considéré comme un mouvement terroriste par Israël, ne soit pas un partenaire valable de discussion pour ce dernier.

Mais Karel De Gucht affirmait aussi que la politique israélienne s’est « durcie » et « déplacée vers la droite », estimant que Benjamin Netanyahu n’est « certainement pas une colombe ». Et le Commissaire européen de poursuivre que dans ce dossier, « les seuls capables de jouer un rôle significatif sont les Etats-Unis », qui « peuvent faire pression sur Israël. Il ne faut pas sous-estimer le lobby juif au Capitole », avait ajouté De Gucht.

« Ne sous-estimez pas non plus l’avis du juif moyen en dehors d’Israël », chez qui il existe « la croyance d’avoir raison », avait aussi affirmé le Commissaire belge. « Il n’est pas facile, même avec un juif modéré, d’avoir une conversation rationnelle sur le sujet ».

Polémique et excuses

Ces propos ont immédiatement créé la polémique. A des journalistes qui les jugeaient « racistes », le porte-parole de la Commission européenne avait affirmé qu’il « s’agit de commentaires personnels qui ne représentent pas la position bien connue de la Commission européenne ».

Les déclarations de Karel De Gucht avaient aussi été condamnées par le Congrès juif européen, qui a réclamé des excuses et une rétractation immédiate.

Lors d’un nouvel entretien accordé vendredi à la radio publique flamande VRT, le Commissaire européen assurait « n’avoir eu en aucun cas l’intention d’offenser la communauté juive ou de la stigmatiser. Je veux dire clairement que l’antisémitisme n’a pas sa place dans le monde d’aujourd’hui et qu’il est fondamentalement à l’opposé des valeurs européennes ». Selon De Gucht, ses observations ont été interprétées « dans un sens différent de celui que je leur avais donné ».

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, avait d’ailleurs pris la défense vendredi du Commissaire européen, affirmant être « persuadée » qu’il « n’avait aucune intention d’offenser quiconque ».

Dans un éditorial publié ce mardi, le Wall Street Journal dénonce ce qu’il qualifie de réaction trop faible des autorités européennes face aux propos de Karel De Gucht. Rappelant le cordon sanitaire imposé dans l’Union européenne autour de l’Autriche de Jörg Haider (président du Parti autrichien de la liberté FPÖ, de tendance extrême-droite) il y a 10 ans, le journal financier américain demande au président de la Commission européenne José Barroso de révoquer le Commissaire belge.

En cas d’absence de révocation, estime le quotidien New-Yorkais, la Maison Blanche devrait annuler le sommet Union européenne - USA prévu pour novembre prochain.