"Le silence est un problème de société"

Le professeur Peter Adriaenssens, ex-président de la Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale, a présenté le rapport final de sa Commission. Celle-ci avait démissionné en juin dernier après que ses dossiers avaient été emmenés par les enquêteurs.

Le professeur Peter Adriaenssens a débuté sa conférence de presse en précisant que le rapport de la commission était inachevé.

La Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale a rassemblé les témoignages de centaines de victimes. En juin dernier, la justice bruxelloise avait saisit tous les dossiers dans le cadre d’une enquête. La commission avait alors collectivement démissionné.

Malgré cette démission, la commission a tout de même présenté son rapport ce vendredi, et ce pour plusieurs raisons. "Tout le monde se rend compte qu’il ne s’agit pas de simples attouchements sexuels. On parle d’abus anal ou oral, de masturbation forcée, de masturbation mutuelle, il s’agit de personnes qui ont vécu des faits graves", a indiqué Peter Adriaenssens.

Au total, la commission a traité 475 dossiers. La majorité d’entre eux (430) concerne des victimes néerlandophones. Le rapport retranscrit 124 "témoignages graves".

La plupart des victimes semblent être des garçons. "Les garçons courent un grand risque dans ce contexte pastoral. Ils subissent des abus de plus en plus jeunes : nous avons des données sur des jeunes garçons âgés de 2 ans au moment des faits". Une centaine de témoignages concerne toutefois des victimes féminines.

Selon le rapport, dans la moitié des cas, l’auteur des faits était décédé lors du témoignage de la victime auprès de la commission. Au moins treize victimes d’abus sexuels se sont donné la mort. Six autres ont tenté de se suicider.

L’un des 475 dossiers concerne une personne qui n’avait pas encore atteint l’âge de 28 ans, délai de prescription, lors du témoignage. Ce dossier a immédiatement été transmis à la justice. Un autre dossier a été déposé par une personne aujourd’hui âgée de 90 ans. La plupart des témoignages proviennent toutefois de personnes âgées de plus de 40 ans.

Le verdict de Peter Adriaenssens est dur : "Selon le rapport de la commission, des abus sexuels sur mineurs d’âge ont été au moins une fois commis dans toutes les écoles et tous les internats".

"Le silence est un problème de société"

Selon Peter Adriaenssens, de nombreuses victimes se sont heurtées durant des années à de l’incompréhension, et à une absence de soutien de leur entourage. Il indique ainsi qu’en tant qu’enfant, de nombreuses victimes se sont senties délaissées par des parents qui choisissait souvent de protéger l’abuseur.

Le comportement de l’ancien évêque de Bruges, Roger Vangheluwe, et du cardinal Danneels, n’est donc pas exceptionnel, selon Adriaenssens. "Le noyau d’un tel comportement est présent en chacun d’entre nous. C’est également le comportement que les victimes ont vécu auprès de leurs parents et de leurs proches. Le silence est un problème de société", a souligné le pédopsychiatre.

Le président démissionnaire de la commission a par ailleurs présenté ses excuses au victimes qui se sont adressées à la commission, en raison de l’accord conclu avec cette dernière et la justice.

Notons enfin que le rapport de l’ex-commission est accessible depuis ce vendredi sur le site internet www.commissiemisbruik.be