L’Europe à la recherche d’une stratégie

Bruxelles accueille ce jeudi un sommet européen d’une journée consacré aux relations de l’Union avec ses partenaires dans le monde. Le président du Conseil, l’ancien Premier ministre belge Herman Van Rompuy, souhaite que les 27 parlent plus souvent d’une seule voix sur la scène politique internationale. La politique controversée de la France à l’égard des Roms ne figure pas à l’agenda officiel, mais fait la Une dans les couloirs du sommet.

Le sommet européen d’une journée est le premier organisé pendant la présidence belge à l’Union, qui court jusqu’au 31 décembre prochain. Comme le prescrit le Traité de Lisbonne, les sommets ne sont maintenant plus présidés par le pays qui assume la présidence tournante de l’Union - dans ce cas, il s’agirait du Premier ministre belge démissionnaire Yves Leterme - mais par le président du Conseil européen, à savoir le Belge Herman Van Rompuy (tous deux sur la photo principale).

C’est l’ancien Premier ministre belge qui a invité à Bruxelles les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays membres de l’Union pour discuter de la politique étrangère et économique de l’UE. Il s’agit pour le président du Conseil de définir le rôle de l’Europe dans le monde et de parvenir à ce que les 27 parlent plus souvent d’une seule voix sur la scène politique internationale afin d’y peser de tout leur poids.

A l’ouverture du sommet, Herman Van Rompuy a exprimé le souhait que l’Union européenne reste une valeur ajoutée par rapport aux états membres individuels. « Nous devons veiller à ce que le tout soit davantage que la somme des parties. C’est cela qui fait l’essence de l’Union ».

Nouvelle gouvernance économique

Herman Van Rompuy devait présenter aux 27 un rapport intermédiaire sur le groupe de travail qu’il préside concernant la nouvelle gouvernance économique. Son rapport final est attendu pour le prochain sommet, fin octobre.

Les dirigeants des 27 pays membres doivent réfléchir aux relations de l’Union avec ses partenaires stratégiques, notamment asiatiques, et à sa place dans le monde.

Ils devaient aussi discuter d’une aide à apporter au Pakistan ravagé par des inondations. Les ministres européens des Affaires Etrangères ont finalement dégagé un accord sur une déclaration dans laquelle ils s'engagent à ce que l'Union aide commercialement le Pakistan. En dehors d'une hausse de l'aide au développement et de l'aide humanitaire, des "mesures commerciales ambitieuses" sont prévues.

L'Union offrira ainsi "exclusivement au Pakistan un accès accru" au marché européen, "par le biais d'une réduction immédiate et limitée dans le temps des tarifs douaniers sur des importations clé du Pakistan, en conformité avec les règles de l'Organisation mondiale du Commerce". A plus long terme, l'Union octroiera dès 2014 au Pakistan le régime de préférences douanières généralisées, "pourvu qu'il remplisse les critères".

Les dirigeants étaient déjà parvenus ce jeudi à trancher positivement en faveur d’un accord de libre-échange entre l’Union et la Corée du Sud. Un accord qui était jusqu’ici bloqué par l’Italie qui craignait des conséquences pour son industrie automobile.

Selon le ministre belge des Affaires Etrangères, Steven Vanackere (CD&V), l’accord sera une bonne chose pour les entreprises en Europe et en Corée du Sud.

En coulisses, la discussion des Roms

Entretemps, et bien qu’elle ne soit pas à l’agenda des discussions de ce jeudi, la politique controversée de la France à l’égard des Roms risque de « polluer » le sommet bruxellois.

A son arrivée au sommet, le président français Nicolas Sarkozy a serré de façon très démonstrative la main du président roumain Traian Basescu (photo). La plupart des Roms expulsés de France sont originaires de Roumanie. Mais selon le Premier ministre bulgare, « un échange très violent » aurait eu lieu lors d’un déjeuner de travail « entre le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le président français Sarkozy sur la question des Roms ».

Selon l’agence de presse française AFP, Barroso aurait rappelé et défendu vigoureusement l’institution et le rôle de la Commission européenne face aux critiques de Sarkozy contre Bruxelles et le fait que la Commission ait « blessé la France » en comparant les renvois de Roms roumains et bulgares aux déportations de la Seconde Guerre mondiale.

En cause, le fait que la Commission européenne ait menacé Paris de poursuites en justice pour non-respect de la législation européenne sur la liberté de circulation des citoyens européens à propos des conditions de renvois, qu’elle soupçonne être « discriminatoires ». C’est la Commissaire à la Justice, Viviane Reding, qui a dressé un parallèle avec des déportations de la Seconde Guerre mondiale. Elle a depuis exprimé des « regrets » vis-à-vis de ses propos.