Quand le harcèlement pousse au suicide

Deux employés de la ville de Gand (Flandre orientale) doivent comparaître devant la justice pour la part de responsabilité qu’ils détiendraient dans la mort d’un collègue de 54 ans. Ce dernier s’est suicidé il y a 3 ans, après avoir été victime de harcèlement moral sur son lieu de travail. C’est en tous cas ce qu’il avait écrit dans sa lettre d’adieu. Sa veuve, Nancy De Bruycker, témoigne.

Le suicide de Patrick Coppenolle date d’il y a trois ans. Sa veuve, Nancy De Bruycker, n’avait jamais rendu les faits publics. Tout récemment, elle voyait cependant à la télévision les images vidéo des sévices infligés pendant des années à un ouvrier de la firme wallonne Mactac par des collègues. Cela l’a encouragée à raconter le calvaire subi par son mari, pour tenter de prévenir d’autres cas de harcèlement moral.

"Je sais qu’il y a encore d’autres personnes qui travaillent à la ville de Gand et qui subissent le même sort que mon mari", explique Nancy De Bruycker (photo). "Je voudrais lancer un appel : ne vous laissez pas faire et expliquez clairement ce qui se passe".

Patrick Coppenolle travaillait comme plombier auxiliaire à la ville de Gand. A sa femme il n’avait jamais parlé que de problèmes qu’il avait au travail. "Pendant longtemps, je n’ai rien vu. Mais j’ai trouvé des lettres qui décrivaient tout ce qu’on lui avait dit et ce qui s’était passé", explique sa veuve.

La victime s’était aussi confiée à un fonctionnaire de la ville responsable de la prévention. Ce dernier lui avait proposé un autre emploi. Son médecin lui prescrivait des antidépresseurs. Malgré le changement positif qui s’était opéré pour Coppenolle, ce dernier a mis fin à ses jours il y a trois ans.

Dans sa lettre d’adieu, il s’excuse auprès de sa famille et de ses amis. Et d’ajouter : "Je ne peux plus le supporter. Aux harceleurs, à ceux qui m’ont humilié, merci". Conseillée par plusieurs amis, l’épouse de la victime a porté plainte au tribunal sur base de cette lettre d’adieu et a engagé une procédure judiciaire.

Les collègues du défunt responsables du harcèlement travaillent encore toujours au service de nettoyage de la ville de Gand. L’administration a affirmé vouloir attendre le jugement du tribunal avant de prendre des mesures. Au total, ce sont cinq employés de la ville qui étaient soupçonnés de harcèlement moral à l’encontre de Patrick Coppenolle, mais entretemps trois d’entre eux ont été mis hors de cause.

Nancy De Bruycker a interjeté appel. Ce n’est que lorsque l’appel aura été analysé que le procès à l’encontre des deux autres suspects pourra se poursuivre.