“La Belgique est le malade de l’Europe”

Réagissant ce lundi matin dans l’émission « De Ochtend » à la VRT aux vives critiques, exprimées notamment par la presse francophone, à l’encontre de l’interview qu’il a accordée à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Bart De Wever (N-VA) a souligné qu’il n’a fait qu’y donner sa vision et celle de son parti. Il estime que certains éléments de cette interview - dans laquelle il critique notamment le PS et le roi Albert II et qualifie la Belgique du « malade de l’Europe » - ont été retirés de leur contexte dans la presse belge.

L’interview accordée il y a deux semaines par le président du parti nationaliste flamand N-VA, Bart De Wever, au magazine allemand Der Spiegel, paru ce lundi 13 décembre, est citée et critiquée par plusieurs quotidiens belges.

Bart De Wever y critique notamment le parti socialiste francophone qui, selon lui, bloquerait toute réforme sensée de l’Etat. Cette absence de volonté politique aurait pour conséquence, selon De Wever, que la Belgique ne fonctionne plus. « Au terme d’éternels conflits politiques, la Belgique est le malade de l’Europe », déclare le président de la N-VA, faisant allusion aux propos de l’économe allemand Hans-Werner Sinn qui en 2003 avait qualifié l’Allemagne de malade de l’Europe.

Selon De Wever, il serait aussi de plus en plus difficile de former un gouvernement fédéral. « Si nous entrons dans un gouvernement fédéral, le risque est grand que nous perdions les prochaines élections. L’électeur a voté pour nous parce que nous défendons des changements radicaux et parce qu’il a confiance dans le fait que nous ne ferons pas de concessions au terme de six mois de négociations », affirme De Wever dans Der Spiegel. Il précise que son parti veut être solidaire de la Wallonie, mais que les transferts d’argent ne peuvent pas prendre la forme d’une « perfusion », voire d’une « drogue pour un junkie ».

Bart De Wever critique également la monarchie. « Lors d’une crise, le roi devient très important. Il mène la régie de la formation d’un nouveau gouvernement. C’est un désavantage, car le roi ne pense pas comme nous. Pour les Wallons, c’est un avantage parce qu’ils lui sont proches ».

Les francophones indignés

Le quotidien bruxellois Le Soir se dit scandalisé par l’interview, estimant que « ces propos, tenus sur la scène européenne alors que notre pays, sur le fil du rasoir, est visé par les spéculateurs dans une Europe d’une extrême fragilité financière (…), sont une faute d’une gravité sans nom, témoignant d’une irresponsabilité fondamentale dans le chef d’un Bart De Wever ignorant la raison d’Etat ».

Réagissant aux propose de Bart De Wever, juste avant le début du bureau du PS ce lundi matin, la ministre Laurette Onkelinx (PS, photo) a affirmé que « De Wever joue avec le feu ».

Le président du PS, Elio Di Rupo, estime que De Wever a surtout pris des risques financiers avec son interview et qu’il doit maintenant montrer ce qu’il veut pour l’avenir du pays. Di Rupo précise cependant que les négociations entre 7 partis (dont le PS et la N-VA) en vue d’une réforme de la loi de financement et de l’Etat se poursuivent.

"Je n’ai fait que donner mon opinion"

Invité ce lundi matin dans l’émission « De Ochtend » de Radio 1 (VRT), le président de la N-VA a estimé que certains éléments de son interview à l’hebdomadaire Der Spiegel ont été retirés de leur contexte dans la presse belge. « Si on lisait toute l’interview, on constaterait que j’y dit aussi une série de choses rassurantes pour la Belgique. Notre pays ne va pas éclater et l’étranger ne doit pas s’inquiéter à ce propos ».

Selon Bart De Wever, il n’a fait que répéter les points de vue de son parti qu’il a déjà souvent exprimés. « Ce n’est pas la première fois que je défends ces positions. Je donne volontiers mon avis ».

Le président de la N-VA admet cependant que le timing n’était peut-être pas bon, mais que Der Spiegel lui demandait une interview depuis des mois. « Je ne vais pas cacher mes convictions ». De Wever affirme que l’interview n’hypothèque pas les négociations en vue d’une réforme de la loi de financement et de l’Etat. « Ceux qui montent l’interview en épingle veulent peut-être en finir avec les négociations, voire avec la N-VA. Moi je participe à ces négociations avec l’objectif qu’elles réussissent ».

Après trois jours de pause, en raison du très mauvais état de santé de sa mère, le médiateur royal Johan Vande Lanotte (SP.A) reprend ce lundi sa mission. Il se concertera ainsi avec un expert fiscal. Mardi soir, il rencontrera à nouveau les présidents des partis flamands négociateurs (N-VA, CD&V, SP.A et Groen !).

Ce lundi 13 décembre, il y a exactement 6 mois qu'avaient lieu les élections législatives anticipées en Belgique.