Accord sur la création d'un fonds de secours

Les dirigeants européens ont donné jeudi soir le coup d'envoi à une modification du traité de Lisbonne, qui ouvrira la voie à la mise en place d'un mécanisme permanent d'aide financière aux Etats en difficulté.

Les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 ont décidé jeudi d'une révision du traité, qui doit entrer en vigueur d'ici 2013.

Un seul nouveau paragraphe doit assurer la base légale du mécanisme permanent.

Il s'agit surtout de convaincre les marchés de la fiabilité des pays de la zone euro. Les investisseurs, qui craignent le défaut de certains Etats, ne leur prêtent en effet plus qu'à des taux très élevés.

Plusieurs économistes et des dirigeants premier plan, notamment le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, ont estimé que cette situation pourrait être fatale à la monnaie unique.

La crainte est qu'un Etat se retrouve dans une difficulté telle qu'il soit obligé d'abandonner l'euro pour dévaluer sa monnaie.

Face à ce risque, les Européens envisagent plusieurs options, notamment une intégration économique plus poussée ou l'émission d'une véritable dette européenne. Evoquées jeudi soir, ces euro-obligations restent un tabou pour l'Allemagne, mais leurs partisans sont de plus en plus nombreux. Le mécanisme d'aide financière devra quant à lui servir dans le cas d'urgence, pour aider un Etat qui ne pourrait plus refinancer sa dette aux taux du marché.

Concrètement, les Européens lèveront des fonds, avant de les re-prêter à l'Etat en difficulté à un taux acceptable. La forme définitive du mécanisme devra être définie dans les prochains mois par les ministres des Finances. Mais dès jeudi soir, les chefs d'Etat en ont tracé les contours.

Il a ainsi été confirmé que dans le cas "très improbable" d'un Etat en défaut de paiement, priorité serait donnée au remboursement des créditeurs publics. Les 27 ont aussi confirmé que les décisions du mécanisme se prendraient à l'unanimité.

En tout état de cause, ce mécanisme ne constituera qu'une solution de dernier ressort. De l'avis de nombreux économistes, la crise de la dette de la zone euro ne se résoudra pas avec de nouveaux emprunts, mais avec des mesures structurelles.

Leterme : "Renforcer l’intégration économique"

Face à la crise de la dette souveraine, les pays européens doivent renforcer leur convergence économique, a affirmé jeudi soir le Premier ministre Yves Leterme, à l'issue du sommet de Bruxelles.

Yves Leterme a indiqué que ce point de vue était assez généralement partagé par tous les pays européens, même si les formes de cette intégration économique restent pour l'heure imprécises.

Le président français, Nicolas Sarkozy, a suggéré d'organiser un nouveau sommet dès le mois de janvier pour aborder ces questions, a-t-il indiqué.

Mis sous pression par les marchés, qui visent depuis des mois les maillons faibles de la zone euro, les Européens ont déjà pris un certain nombre de mesures pour favoriser l'intégration, notamment la création d'un semestre européen de coordination budgétaire et une surveillance accrue des déséquilibres macro-économiques.

D'autres mesures seront évoquées dans les prochains mois, mais elles suscitent d'importantes polémiques, comme la création d'euro-obligations, la mise en place d'une union fiscale ou l'adoption de réformes structurelles sur le marché du travail

 

Van Rompuy : "Tout faire pour la stabilité de la zone euro"

"Nous sommes prêts à faire tout ce qui sera nécessaire pour assurer la stabilité de la zone euro. (...) Il n'y a aucune doute à avoir à cet égard", a déclaré jeudi, peu avant minuit, le président permanent du conseil européen, Herman Van Rompuy.

Dans cet esprit, les Vingt-sept ont confirmé leur intention de mettre sur pied dès 2013 un mécanisme permanent de stabilité financière, lequel prendra relais du fonds temporaire de 440 milliards d'euros créé au printemps dernier après la crise de la dette grecque.
La mise en oeuvre de cet instrument permanent nécessitera toutefois une nouvelle révision, selon une méthode simplifiée, du traité de l'Union européenne, a encore confirmé M. Van Rompuy.
Interrogé par la presse pour savoir si l'UE serait prête à mettre dans son mécanisme permanent "autant d'argent que nécessaire", comme évoqué un peu plus tôt par Yves Leterme, le président du conseil européen ne s'est pas avancé.

"Il faut encore en décider. Ce fonds n'existe pas encore", a-t-il souligné.
Quant à une possible augmentation du fonds temporaire (afin de venir éventuellement en aide à des pays comme l'Espagne ou l'Italie), M. Van Rompuy a estimé que cette question n'était pas à l'ordre du jour.
"Le fonds actuel est très peu utilisé, à 4% seulement de ses possibilités", a-t-il fait valoir. "Mais, de manière générale, nous serons prêts à faire ce qui est nécessaire pour soutenir l'euro", a-t-il répété.