"L’Eglise a trop souvent pensé à elle-même"

Le cardinal Godfried Danneels, ancien archevêque de Malines-Bruxelles et primat de Belgique, a témoigné ce mardi devant la Commission spéciale de la Chambre sur les abus sexuels commis par des religieux. Il y a reconnu que l’Eglise n’avait pas assez souvent pensé aux victimes, mais a réfuté toute volonté d’étouffer des cas d’abus commis dans le cadre d’une relation pastorale.

Dans une salle de la Chambre comble de députés et de journalistes, le cardinal Danneels a commencé ce mardi matin par remercier la Commission spéciale de la Chambre de pouvoir venir s’exprimer. « J’espère que le travail de la Commission donnera un meilleur aperçu de ce qu’a été par le passé l’approche de l’Eglise face aux abus sexuels et que la Commission permettra d’éviter les abus dans le futur, dans tous les domaines de la vie ».

Réagissant sans doute aux critiques qui avaient été exprimées par le passé face à son manque apparent d’empathie pour les victimes, le cardinal a cette fois reconnu ouvertement la souffrance des victimes d’abus et exprimé le souhait que la Commission puisse répondre à ces souffrances.

« Les témoignages personnels des abus d’enfants dans le cadre d’une relation pastorale ont montré la souffrance aigüe des victimes et de leurs familles. Cela m’a choqué. Ce que j’ai ressenti allait de la honte à la colère, vers le souhait d’entreprendre quelque chose », déclarait Danneels. Le cardinal a demandé pardon au nom de l’Eglise pour le mal commis par des prêtres, d’autant plus « horrible » qu’il était le fait de serviteurs de l’Eglise. Il a également exprimé son « admiration » vis-à-vis des victimes qui ont eu le courage de briser le silence.

"L’Eglise se croyait inattaquable"

« Si nous avions été plus conscients de l’immensité des ravages ultérieurs qu’ont connus ces victimes, notre compréhension et notre empathie auraient été plus grandes », déclarait encore Godfried Danneels. Il ajoutait qu’avec l’institution des commissions internes à l’Eglise (dont celle dirigée par le pédopsychiatre Peter Adriaenssens), « nous avons essayé de gérer ces cas sérieusement et de manière structurelle, mais sans doute ces commissions étaient-elles trop réactives, laissant l’initiative aux victimes ».

L’ancien archevêque de Malines-Bruxelles répétait que l’Eglise n’avait jamais eu l’intention d’étouffer des cas d’abus sexuels par des prêtres. Il rappelait notamment avoir eu des entrevues avec plusieurs victimes, regrettant la tension dans laquelle elles s’étaient faites et reconnaissant au passage ses propres « erreurs d’appréciation ». Godfried Danneels s’abstenait néanmoins de reconnaître une quelconque responsabilité personnelle.

Il a défendu le fait qu’il ait renvoyé certains cas aux évêques concernés, soulignant que les abuseurs ne ressortissaient pas de son propre diocèse. « J’ai toujours dit qu’il était souhaitable que les victimes s’adressent à la police ou la justice. Cette dernière doit faire son travail » et les responsabilités individuelles doivent être établies, tant en matière de justice pénale et civile que du droit canon. Le cardinal estime que l’Eglise doit collaborer à une réparation judiciaire « par l’écoute et l’accompagnement ».

« L’Eglise a trop pensé à elle-même et ses prêtres et non aux victimes », a ensuite reconnu l’ancien archevêque, affirmant cependant qu’était désormais révolue l’époque où l’institution, « placée sur un piédestal », disposait d’un pouvoir sur la société qui permettait aux abuseurs « d’imposer le silence ». Les parents eux-mêmes, respectueux de l’institution, ne croyaient pas leurs enfants ».

Godfried Danneels estimait que l’Eglise est aujourd’hui plus humble et qu’elle doit examiner ses manquements et y remédier. Mais elle doit aussi faire preuve « d’ouverture et de transparence », sans regretter de perdre une partie de « sa considération, de son influence et de son pouvoir ».

Le cardinal répondait dans l’après-midi aux questions des députés de la Commission spéciale de la Chambre. Mercredi, ce sera à l'archevêque de Malines-Bruxelles, Monseigneur Léonard, de témoigner devant la Commission.

La demande de récusation du juge De Troy infondée

La cour d'appel de Bruxelles a estimé ce mardi que la demande de récusation du juge d'instruction Wim De Troy (photo), introduite par l'archevêché de Bruxelles-Malines et le cardinal Godfried Danneels, est infondée. Le juge De Troy reste donc pour l'instant en place.

L'archevêché de Bruxelles-Malines estime que le juge De Troy n'a pas été impartial dans le cadre de l'opération Calice - l'enquête sur les abus sexuels au sein de l'Eglise. Le cardinal Danneels et l'archevêché n'acceptent pas que le juge permette à certaines victimes de consulter des documents saisis. La cour d'appel a jugé la requête infondée.

Une autre demande de récusation introduite par le sociologue Jan Hertogen, lui-même victime d'abus sexuels commis par des prêtres, sera jugée ultérieurement. Le sociologue proteste notamment contre le fait qu'on lui ait interdit l'accès à son propre dossier.