Mgr Léonard propose un fonds de solidarité

L'archevêque de Malines-Bruxelles André Léonard a proposé mercredi la création d'un fonds de solidarité associant sur base volontaire les églises, milieux thérapeutiques, médicaux, sportifs, etc, pour indemniser les victimes d'abus sexuels impliquées dans une relation d'autorité, et qui n'auraient pas été indemnisées par voie judiciaire.

Les députés de la commission spéciale "abus sexuels" attendaient depuis plusieurs semaines une proposition de l'Eglise concernant les victimes d'abus sexuels de prêtres non indemnisées en raison du décès de l'abuseur ou de la prescription des faits.

Le fonds proposé, a expliqué André Léonard, concernerait les victimes de "situations dont les institutions ne sont pas directement responsables", de la même manière que l'Eglise intervient déjà pour des victimes de catastrophes naturelles ou pour les pauvres.
Mgr Léonard s'est interrogé sur l'opportunité d'une prise en charge, par une institution, des conséquences financières de faits commis par des personnes, ainsi que sur une forme de solidarité qui irait au-delà du droit, au nom des valeurs morales de l'Eglise.
"Mais l'Eglise catholique reconnaît sa spécialisation dans la générosité, même si elle n'a pas le monopole des valeurs, ni le monopole des abus sexuels", a-t-il relevé.

Concernant le fonds de solidarité, il reviendrait au législateur d'en définir les modalités afin qu'il soit tenable sur le long terme pour tous ses intervenants et conforme au bien commun, a mis en garde André Léonard.

Il faudrait aussi à ses yeux éviter des dérives qui permettraient, par exemple, que des personnes nées par fécondation artificielle réclament d'être indemnisées parce qu'une étude serait venue prouver un risque génétique accru pour elles. Il a aussi cité comme exemple des enfants "nés avec deux papas ou deux mamans" pour qui une étude viendrait prouver certaines conséquences psychologiques.

Cette proposition et la manière de la présenter ont soulevé de nombreuses protestations des députés.

La culture du silence liée à une époque, pas à une hiérarchie

La "culture du silence" entourant les abus sexuels commis dans le cadre d'une relation d'autorité est liée à une époque et non à une structure hiérarchique, a estimé l'archevêque André Léonard mercredi devant la commission parlementaire qui traite de ce sujet.
Lorsqu'il est devenu évêque en 1991, André Léonard dit avoir "voulu rompre avec cette culture du silence, qui touche aussi d'autres milieux". Avant cela, prêtre à l'université, il avait en effet été en contact avec des victimes de prêtres, pour des cas aussi liés à l'alcoolisme ou au concubinage, s'est-il souvenu.
A la demande des députés, il a clarifié sa position sur le secret de la confession. "Il est absolu", mais si le confesseur apprend qu'une victime est en danger, il doit "imposer moralement" à l'abuseur qui se confesse de "se faire connaître ou faire connaître le danger".
Quand une victime vient témoigner, il la renvoie d'abord à la justice civile et l'informe aussi de la possibilité d'enclencher une procédure canonique à l'égard d'un prêtre.
L'archevêque s'est en outre interrogé sur l'utilité de laïciser les prêtres abuseurs, soulignant que dans ce cas, l'Eglise perdait toute surveillance sur eux, alors qu'ils peuvent être isolés s'ils restent prêtres.
"Vous vous arrogez la tâche de la société civile d'assurer cette surveillance", a estimé Renaat Landuyt (sp.a). "C'est à l'ordre civil de changer la prescription", a répliqué Mgr Danneels, évoquant ces cas anciens pour la plupart.(Belga)