Appel au compromis dans le message du roi

Le traditionnel "message de Noël" a été quelque peu modernisé cette année puisque des images notamment de la présidence belge de l'Union européenne ont défilé pendant le discours du roi. Pour le reste le ton était très rassembleur en cette période de crise politique.

L'allocution télévisée prononcée ce 24 décembre par le roi Albert II à l'occasion de la fête de Noël était attendue avec attention en cette période de crise politique.

Traditionnellement c'est l'occasion pour le roi de dresser le bilan de l'année écoulée.

Le roi s'est d'abord réjoui de la réussite de la présidence belge de l'Union européenne au cours des 6 derniers mois.

Mais si la Belgique possède bien des talents lorsqu'il s'agit de rapprocher les points de vue au niveau européen ou international, le roi note que cet art du compromis a été quelque peu oublié ces dernières années au sein de notre propre pays.

"Notre pays a l'occasion de se transformer en profondeur", a rappelé le souverain pour qui "après six mois de négociations tous les éléments se trouvent sur la table pour réaliser une réforme profonde de l'Etat".
Et de plaider pour qu'on trouve "un compromis équilibré qui tienne compte des aspirations légitimes des uns et des autres". 

Avoir le courage d'être des artisans de la paix

Albert II a dès lors lancé un appel solennel à tous et "en premier lieu aux responsables politiques, mais aussi aux responsables économiques, sociaux, culturels et des médias" pour qu'ils aient le courage d'être "des artisans de paix".

Et le souverain de poursuivre avec optimisme: "Lorsque nous réussirons, car je suis convaincu que nous le pouvons, nous redeviendrons à nouveau un exemple d'entente et un facteur d'unité dans un monde qui en a grandement besoin. Nous pourrons présenter l'image juste d'un pays qui parvient dans la paix, à se transformer profondément. Nos partenaires européens, et tous les autres pays, constateront que la Belgique demeure un Etat responsable auquel ils peuvent faire confiance".

Texte intégral du discours d'Albert II

Mes chers compatriotes,
En ce temps de Noël et de Nouvel An, je voudrais d'abord partager avec vous un motif de satisfaction. De l'opinion unanime de nos partenaires européens, la Présidence belge de l'Union européenne, pendant le second semestre de cette année, a été particulièrement réussie. Dans nombre de domaines très différents, des progrès importants ont été réalisés. Je pense entre autres à la stratégie économique européenne, aux mesures pour éviter le retour des crises financières, au budget européen, aux réalisations en matière commerciale et diplomatique, aux relations entre l'Europe et l'Asie. De nombreux chefs d'Etat et de gouvernement ainsi que des dirigeants d'institutions européennes, m'ont fait part spontanément de leur admiration à ce sujet. Cela illustre bien les talents de notre pays lorsqu'il s'agit de rapprocher des points de vue en trouvant des compromis. Notre diversité nous aide dans ces domaines.
Et pourtant, cet art du compromis, il me semble qu'au sein de notre propre pays, nous l'avons quelque peu oublié ces dernières années. D'où ma préoccupation et ma ferme volonté de lancer un appel à tous nos responsables et à tous les citoyens.
Notre pays a l'occasion de se transformer en profondeur pour mieux répondre aux attentes de nombreux Belges, et pour affronter les défis à venir. Désormais, après plus de 6 mois de négociation tous les éléments se trouvent sur la table pour réaliser une réforme profonde de l'Etat. Il y aurait un important transfert de compétences aux Régions et Communautés, une autonomie et une responsabilisation beaucoup plus poussées des entités fédérées, y compris sur le plan fiscal, un refinancement de Bruxelles et le maintien d'une réelle solidarité au sein de notre pays. En même temps, il sera nécessaire d'assurer le financement dans la durée de l'Etat fédéral pour exercer les compétences et les obligations qu'il continuera à assumer vis-à-vis de tous les Belges, mais aussi sur le plan européen et dans le monde. Il faudra également inclure une solution pour BHV et définir des règles en matière d'éthique politique.
Il s'agit donc de trouver des compromis équilibrés qui tiennent compte des aspirations légitimes des uns et des autres. Dans un tel accord, il ne doit pas y avoir de perdants. Nous devons trouver des solutions où chacun est gagnant.
Dans la recherche de cet accord raisonnable, il est évident que chaque partie devra faire des concessions. Chacun aura donc l'obligation de prendre ses responsabilités. Le moment est venu où le vrai courage consiste à chercher fermement le compromis qui rassemble, et non à exacerber les oppositions.
Si un tel accord se réalise, un nouveau gouvernement fédéral pourrait être constitué. Avec les entités fédérées, il sera à même de prendre des mesures nécessaires pour sauvegarder le bien- être de la population, et pour rétablir la confiance au sein du pays. C'est cela que tous nos concitoyens attendent.
Lorsque nous réussirons, car je suis convaincu que nous le pouvons, nous redeviendrons à nouveau un exemple d'entente, et un facteur d'unité dans un monde qui en a grandement besoin. Nous pourrons présenter l'image juste d'un pays qui parvient dans la paix, à se transformer profondément. Nos partenaires européens, et tous les autres pays, constateront que la Belgique demeure un Etat responsable auquel ils peuvent faire confiance.
Cet appel que je vous lance solennellement à tous, je l'adresse évidemment en premier lieu aux responsables politiques, mais aussi aux responsables économiques, sociaux, culturels et des médias. Tous, par nos actions, par notre comportement, nous devons avoir le courage d'être des artisans de paix.

C'est le souhait chaleureux, que la Reine et moi et toute notre famille vous adressons de tout coeur, en ces fêtes de Noël et de Nouvel An.