Bravo la Présidence Belge !

Sophie Mosca est journaliste pour le quotidien spécialisé dans les affaires européennes Europolitique, et pour divers médias européens. Elle estime que les Belges auront été discrets et efficaces.

Discrets et efficaces, ainsi pourrait-on résumer les six mois de Présidence belge qui vont s’achever dans quelques jours. Malgré l’absence d’un gouvernement de plein exercice - ce qui est une première dans l’histoire européenne -, l’équipe ministérielle d’Yves Leterme a engrangé d’honorables succès. "Les ministres n’ont pas été victimes de cette incapacité politique", a déclaré Olivier Chastel, le secrétaire d’Etat en charge des Affaires européennes. Bien au contraire, ils "ont été particulièrement disponibles", souligne l’eurodéputé français Alain Lamassoure pour le suivi des dossiers communautaires.

Outre le contexte politique interne, la donne économique n’était pas facile à gérer : crise économique, crises budgétaires nationales, réformes des marchés financiers… Autant de dossiers sensibles que les Belges ont su aborder avec pragmatisme et succès. L’Union européenne leur doit l’adoption d’une architecture de supervision des marchés financiers, le renforcement de la gouvernance économique, une meilleure coordination budgétaire, un budget communautaire pour 2011, une directive sur les fonds alternatifs.

L’autre volet majeur de la Présidence belge a été la mise en œuvre concrète du Traité de Lisbonne. “Le Traité requérait un retrait, de la part de la présidence au niveau du Conseil européen, et du Conseil Affaires étrangères et nous l’avons fait”, commente ainsi Steven Vanackere, le ministre des Affaires étrangères. Pour autant, l’équipe de la Présidence a su faire fonctionner l’Union selon les nouvelles règles et a contribué à la mise en place du service d’Action extérieure et de l’initiative citoyenne qui permettra à un million d'Européens de demander à l'Union d’examiner un sujet particulier. Elle a, par ailleurs, joué sur le plan international un rôle clé de coordination lors des conférences de Nagoya sur la biodiversité, de Cancun sur le climat, ou de Punte del Este sur la lutte contre le tabagisme.

Parmi la cinquantaine d'acquis obtenus par les Belges, citons notamment la directive eurovignette, instaurant un péage autoroutier pour les camions, le brevet de l’UE, bloqué depuis 34 ans, et qui faute d’unanimité a quand même avancé sur le régime linguistique par le biais d’une coopération renforcée. On peut aussi signaler la directive sur les retards de paiement qui va permettre aux PME européennes de ne plus subir des délais trop longs des administrations publiques, celle sur les soins transfrontaliers et les droits des patients, une autre sur les droits des consommateurs ou encore celle sur les résidents de longue durée.

Néanmoins, les observateurs attendaient de plus grandes prouesses dans les dossiers sociaux. Or les conclusions sur les services sociaux d’intérêt général s’avèrent peu ambitieuses, le dossier sur les pensions a peu avancé et la proposition du ministre des Pensions, Michel Daerden, d’un « seuil de bien-être » au niveau européen n’a pas été validée. « Tout n'est pas simple (...). Mais nous avons montré à ceux qui n'ont pas de fibre sociale, et ils sont nombreux, que l'emploi, c'est dans l'intérêt majeur des politiques de croissance et des politiques de compétitivité », se défend Joëlle Milquet, ministre de l’Emploi et de l’Egalité des chances.

Ces petits bides n’entachent que peu un bilan globalement positif que tous les acteurs reconnaissent quels que soient les institutions, gouvernements ou organisations dont ils émanent. On retrouvera au mieux dans 14 ans une nouvelle présidence belge.

Sophie Mosca

Sophie Mosca est journaliste pour le quotidien spécialisé dans les affaires européennes Europolitique, et pour divers médias européens. Elle est spécialisée dans les domaines économiques et juridiques. Auparavant, elle a été porte-parole à la Cour de justice et a travaillé dans le domaine bancaire.