Les éditorialistes critiquent CD&V et N-VA

Les conditions posées mercredi par les deux partis flamands à la reprise des négociations communautaires sur base de la note de Johan Vande Lanotte sont dénoncées ce jeudi tant par la presse francophone que flamande. Les éditorialistes parlent d’impasse totale et expriment des doutes sur la volonté réelle des partis négociateurs à parvenir à un compromis sur une réforme d’Etat. Les quotidiens estiment notamment que des rivalités internes au sein du CD&V ont mené au « non, sauf si… » du parti.

Les quotidiens francophones condamnent unanimement l’attitude du CD&V et de la N-VA, et en particulier celle des démocrates-chrétiens flamands. Le CD&V « a peut-être gagné des points jaune et noir, mais il a perdu sa réputation », estime Le Soir. « A part tenter pitoyablement de coller à la N-VA, que cherche donc ce parti autrefois responsable et garant de l’intérêt général », se demande le quotidien bruxellois.

La Libre Belgique accuse le CD&V et la N-VA de « chipoter et diviser », là où la note de Johan Vande Lanotte « fixe un cadre, un périmètre qu’il convient de respecter sans pinailler ». Le quotidien juge l’attitude de deux partis « inacceptable ».

Le groupe Sud Presse accuse les deux partis d’avoir des visées électorales, tandis que La Dernière Heure regrette surtout le blocage prolongé du pays. En signe de protestation, le journal publie 2 pages blanches, agrémentées uniquement d’un petit éditorial fâché. « Face à ce gâchis monumental, nous avons symboliquement pris la décision de ne pas tartiner inutilement sur le sujet », déclare la rédaction.

Du côté des quotidiens flamands, De Morgen conclut que le CD&V et la N-VA ont abandonné le modèle belge du compromis et opté pour la confrontation. Une première, particulièrement inquiétante. Le quotidien accuse le CD&V de vouloir se profiler comme le « parti le plus flamand en Belgique » et de ruiner ainsi sa réputation.

Het Laatste Nieuws pointe également un doigt accusateur vers le CD&V, estimant que le parti a été poussé mercredi à endosser le rôle du Père Fouettard. L’éditorialiste estime que le « non » des démocrates-chrétiens est dû à de lourdes rivalités au sommet du parti et à la fierté écorchée d’un parti qui était autrefois n°1. « Le nouveau président Wouter Beke devait en outre se faire valoir ». Le quotidien populaire flamand craint que les marchés financiers aillent maintenant s’attaquer à la Belgique.

Pour Gazet van Antwerpen, le temps des petits jeux politiques est passé. Paul Geudens estime que les partis doivent avoir le courage de constater ouvertement qu’un accord communautaire n’est pas possible, au terme de 207 jours de négociations sans issue.

Het Belang van Limburg considère également que la situation est désespérée. Mais Eric Doncker se demande que faire. De nouvelles élections ? Elles pourraient porter sur la scission du pays. Ou assistera-t-on à un scénario comme en 2007, où le roi avait confié à Guy Verhofstadt (Open VLD) la tâche de former un nouveau gouvernement, coûte que coûte.

De Tijd estime qu’il devient évident que les 7 partis politiques ne sont pas capables de parvenir à un compromis communautaire, ou ne le veulent pas. Et si Johan Vande Lanotte rend son tablier de conciliateur, l’impasse sera complète. Pour Pieter Blomme, Vande Lanotte est l’homme sur qui reposent les derniers espoirs d’une réussite. Sinon, il faudra retourner aux urnes. Mais alors, la Belgique sera la cible des marchés financiers et nous paierons tous un prix pour l’impasse politique.

De Standaard estime qu’au terme de 207 jours de négociations, les limites du modèle de concertation fédérale sont atteintes. Le quotidien effectue un parallèle avec 2007, ou aucun n’accord n’avait non plus été atteint au terme de 6 mois de négociations. Il s’en est suivi plusieurs gouvernements provisoires. Et les revendications flamandes n’ont pas été entendues ni réalisées. Conséquence : le CD&V et l’Open VLD ont reçu l’addition de leurs électeurs. Guy Tegenbos propose que Vande Lanotte fasse tout de même une tentative d’amender son texte. A moins qu’Elio Di Rupo (PS) ne tente de proposer quelque chose qui puisse obtenir une majorité des voix du côté flamand ?

Het Nieuwsblad se demande aussi comment la situation va évoluer. Le quotidien estime que les politiques n’ont actuellement pas le courage de gérer réellement le pays. Liesbeth Van Impe juge lamentable que les politiques ne semblent plus vouloir chercher un compromis, dont personne ne serait ravi, il est vrai, mais qui donnerait une réponse à la demande des électeurs de résoudre enfin les grands problèmes du pays.