De Gucht: “Cette formule ne fonctionne pas”

Le Commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht (Open VLD), ne croit pas que les partis qui négocient depuis des mois trouveront une solution à la crise politique en poursuivant « dans la formule actuelle » à 7 partis. En cas d’échec, il envisage une réforme d’Etat et la formation d’un nouveau gouvernement fédéral sans la N-VA - devenue avec 17,4% de sièges à la Chambre la première formation politique du pays.

Ce mercredi soir, au cours de la cérémonie de remise du trophée de « Manager de l’année », le Commissaire européen au Commerce Karel De Gucht (Open VLD) s’est exprimé au sujet de la situation communautaire de la Belgique et des négociations en vue de la formation d’un nouveau gouvernement fédéral, qui se prolongent depuis juin dernier. L’ancien ministre belge des Affaires Etrangères a notamment critiqué certains anciens collègues, déclarant que « certains ne voient encore toujours pas à quel point ils jouent avec le feu en paralysant la gestion du pays ».

Interrogé ce jeudi matin, dans l’émission « De Ochtend » de la première chaîne radio de la VRT, Karel De Gucht a davantage explicité ses propos de la veille. « Mes critiques n’étaient pas seulement dirigées vers la N-VA ».

Le Commissaire européen considère en effet que les partis francophones sont tout aussi responsables pour l’actuelle impasse politique. Selon De Gucht, leur perpétuel « non » en réponse à la demande des Flamands d’effectuer une nouvelle réforme de l’Etat a entrainé un important regain du nationalisme flamand lors des dernières élections législatives. Un nationalisme que De Gucht qualifie plutôt de « colère flamande (justifiée) ».

L’ancien ministre national voit également d’un œil très pessimiste l’évolution des négociations institutionnelles en cours depuis plusieurs mois, du moins dans leur forme actuelle. « Certains partent du point de vue que nous avons encore un peu de temps. Laissez-les parler. J’ai de gros doutes. Je ne pense pas que l’on puisse trouver une solution en conservant l’actuelle formule de discussions ».

Et Karel De Gucht de préciser : « Je ne parle pas au nom de l’Open VLD, mais je donne ici mon opinion personnelle, en tant qu’individu qui a tout de même plus de 30 ans d’expérience politique dans ce pays ».

"Une agoraphobie de se passer de la N-VA"

Dans l’émission « De Ochtend », Karel De Gucht allait plus loin ce jeudi matin. « Si la N-VA, pour des raisons politiques que je respecte, n’est pas en état actuellement de conclure un compromis sur la réforme de l’Etat, alors il faut penser à d’autres solutions », et cela vaut pour « tous les autres partis ».

A la question de savoir si les autres partis pouvaient se passer de la plus grande formation politique du pays (depuis les législatives de 2010), le Commissaire européen a relativisé la puissance de la N-VA de Bart De Wever. « Je constate que tous les partis politiques flamands ont une peur énorme de faire quoi que ce soit sans la N-VA, mais en réalité la N-VA représente un petit 30% dans la moitié du pays. That’s it ! Dans la plupart des démocraties normales, cela reste un petit parti, et les autres partis sont plus petits encore ».

« Oui, c’est le plus grand parti dans la plus grande Région du pays, mais c’est aussi un parti qui n’est pas en mesure actuellement, pour des raisons politiques que je respecte - car le nationalisme n’est pas en soi antidémocratique - de trouver une solution de compromis pour les problèmes que connait la Belgique aujourd’hui », concluait Karel De Gucht.

Le triumvirat met des experts au travail

La formule des négociations à sept partis a portant été relancée ce mercredi par une première réunion du « triumvirat », un trio formé - à la demande du roi Albert II - par le conciliateur Johan Vande Lanotte (SP.A), le président de la N-VA Bart De Wever et le président du PS Elio Di Rupo.

A l’issue de cette réunion à trois, on a appris que les experts des sept partis politiques négociateurs vont étudier ces jeudi et vendredi les modèles de réforme de la loi de financement proposés par diverses simulations informatiques. Johan Vande Lanotte, Elio Di Rupo et Bart De Wever se concerteront ensuite à nouveau lundi prochain.

La presse belge exprimait néanmoins des doutes, ce jeudi, sur la réussite du triumvirat après le rejet des partis francophones d’une demande de la N-VA de régionaliser les allocations de chômage et de scinder l’Office national pour l’Emploi (Onem).