“Faites-le au moins pour la zone euro”

Dans son éditorial de ce jeudi, le quotidien britannique Financial Times appelle les hommes et femmes politiques belges à « cesser les chamailleries et à former un gouvernement », pour éviter que la crise de l’endettement public ne passe de la périphérie au centre de la zone euro.

Le Financial Times estime dans son éditorial de ce jeudi qu’au « plus longtemps que dure l’impasse politique belge, au plus inquiétants deviennent les signes que la crise de l’endettement public pourrait se propager à un pays qui est au centre de l’union monétaire européenne ». Le quotidien financier britannique affirme en effet que les marchés financiers commencent à considérer la Belgique comme un conduit par lequel la crise pourrait passer des nations périphériques de la zone euro vers le centre ».

Le Financial Times estime que ces spéculations de marchés financiers sont peu raisonnables à bien des égards, puisque l’économie belge est prospère et concurrentielle. « Depuis plus de 20 ans, les finances publiques ont été correctement tenues. Le budget actuel est en bénéfice et la dette domestique est l’une des plus basses de la zone euro. A l’inverse de la Grèce, la Belgique n’a pas falsifié ses chiffres officiels ». Contrairement à l’Irlande et l’Espagne, la Belgique n’a pas de problème immobilier, et contrairement au Portugal, elle va générer une solide croissance économique en 2011, poursuit le quotidien.

Mais le Financial Times discerne aussi des faiblesses. Bien que la dette publique soit loin de son sommet de 1993 à 133,5% du produit intérieur brut, la crise financière l’a fait repasser de 84,2% en 2007 à près de 100% actuellement. Et le système bancaire se remet encore des troubles de 2008, qui avaient entrainé la vente de Fortis à BNP Paribas et une aide d’Etat aux banques Dexia et KBC. Le journal s’inquiète de la fragilité des banques belges face à la dette publique.

Le quotidien britannique se dit surtout inquiet face à la paralysie politique en Belgique depuis juin dernier. « Sept mois de négociations vaines pour former un nouveau gouvernement ont donné l’impression que les partis flamands et francophones sont incapables de dépasser leurs différences, ou ne le veulent pas. De nouvelles élections ne serviraient à rien parce qu’elles ancreraient certainement le pouvoir du parti nationaliste flamand N-VA en Flandre et du parti socialiste francophone en Wallonie ».

Le Financial Times estime que les dangers de la crise ont été soulignés la semaine dernière « lorsque le roi Albert II, un monarque constitutionnel qui n’est pas sensé jouer un rôle politique important, a demandé de réaliser des économies accrues dans le budget 2011 de la Belgique, afin de calmer les marchés financiers. Son intervention prouve que la Belgique a de plus en plus recours à des pratiques peu conventionnelles ».

Et le quotidien britannique de conclure : « Si ce n’est pour la Belgique-même, alors pour le bien de la zone euro il est grand temps que les hommes et femmes politiques arrêtent de se chamailler et forment un gouvernement ».