“Une phase plus active devrait suivre”

Dans une interview diffusée ce jeudi matin sur la première chaîne radio de la VRT, l’ex-conciliateur Johan Vande Lanotte (SP.A) a appelé tous les partis impliqués dans les négociations institutionnelles en vue de la formation d’un nouveau gouvernement à conclure un compromis et à ne pas se moquer des électeurs. Le socialiste flamand estime que les négociations peuvent encore aboutir à une phase définitive, et rejette l’idée de nouvelles élections.

Nommé conciliateur par le Roi Albert II le 21 octobre dernier, Johan Vande Lanotte a tenté pendant près de 100 jours de ramener les 7 partis négociateurs autour d’une seule table et de conclure un compromis, mais le 5 janvier il remettait sa « démission » au souverain, après que sa note définitive n’ait pas été acceptée par tous les partis comme une base pour poursuivre les négociations. Après plusieurs semaines de silence, Vande Lanotte est revenu pour la première fois sur sa mission de conciliation, ce jeudi matin dans l’émission « De Ochtend » de la VRT.

Vande Lanotte souligne que les 7 partis se sont investis dans les négociations. « Chacun qui y a participé a essayé de parvenir à un accord. On peut penser que je suis naïf, mais ce n’est pas le cas ». Selon l’ancien médiateur, il y a eu entre 60 et 70% de consensus à propos de sa note définitive, mais les partis n’ont pas voulu faire le pas décisif.

Comment expliquer qu’au terme de 249 jours de négociations, il n’y ait toujours pas d’accord ? « Cela tient à beaucoup de facteurs. Le principal est que l’on connaisse très mal l’autre côté. La situation s’est déjà nettement améliorée, mais il y a un retard à rattraper. Il faut donc un certain temps avant que l’un comprenne ce que veut l’autre. J’ai régulièrement dû traduire, tant au propre qu’au figuré ».

« Les objectifs des partis sont également très différents », précisait Johan Vande Lanotte. « Ce que veux la N-VA peut mener à terme à l’indépendance de la Flandre. C’est radicalement opposé à ce que veux le CDH : une Belgique dont la gestion est encore fortement centralisée ». L’ex-conciliateur estime que la N-VA souhaite aussi parvenir à un accord, « mais le fait qu’elle éprouve davantage de difficultés qu’un autre parti à conclure un accord n’est pas un secret, c’est même compréhensible ».

Et Vande Lanotte d’admettre qu’un accord fera mal à chacun des partis. « Une réforme d’Etat comme celle-ci fait mal dans tous les membres. Mais il n’y a encore jamais eu d’accord dont on ait dit au moment de sa conclusion qu’il était bon ».

"Pas tourner l’électeur en ridicule"

L’ancien conciliateur estime que les négociations traversent actuellement une « phase de repos », avec la mission de l’informateur Didier Reynders (MR), mais qu’une phase plus active devrait lui faire suite. Peut-être la phase de la dernière chance.

La « période active » précédente aura été celle de sa propre médiation. Elle a abouti à du contenu, mais pas à un résultat. Johan Vande Lanotte ajoute qu’il éviterait volontiers des élections.

« Des élections n’ont une utilité que si la population vote différemment. Mais ici, les grands rapports de force resteront les mêmes. Nous avons donc le devoir de parvenir à un résultat et de ne pas tourner l’électeur en ridicule », concluait Johan Vande Lanotte dans « De Ochtend ».

De Wever : "Pas un départ heureux pour Reynders"

Interviewé mercredi soir dans le cadre de l’émission « Terzake » de la VRT, le président de la N-VA (photo) s’est montré irrité face à la déclaration faite à la presse par l’informateur Didier Reynders au sujet de Bruxelles et de la scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

Didier Reynders avait en effet mentionné "la question électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde, les garanties en matière de facilités linguistiques et les procédures de désignation des bourgmestres; l'amélioration du financement et des mécanismes de fonctionnement de la Région de Bruxelles-Capitale, en ce compris les lois linguistiques à Bruxelles; la protection des minorités; les politiques à mettre en œuvre dans le cadre plus large d'une communauté métropolitaine bruxelloise", comme des thèmes d’un possible accord institutionnel. Selon Bart De Wever, ces points n’avaient fait l’objet d’aucun accord, pas plus que l’option d’un modèle belge à quatre Régions qu’a évoqué Didier Reynders.

De Wever reproche donc à l’informateur d’avoir « jeté les ingrédients de la négociation » dans le débat public, alors qu’il aurait été préférable de rester discret. Selon le président de la N-VA, il y aurait bien des solutions pour sortir de l’impasse politique. « Il ne s’agit pas d’obstination, car les francophones avancent aussi beaucoup de propositions. Mais dans un pays où il faut trouver une majorité dans deux groupes linguistiques et où des petits partis peuvent tout bloquer, la mission parait presque impossible ».

Si la mission de Reynders échouait, Bart De Wever ne voit pas beaucoup d’autres solutions que d’organiser de nouvelles élections. « Je suis prêt à beaucoup de choses pour éviter des élections. Mais il arrive un moment où il faut pouvoir dire ‘rien ne va plus’, même s’il y a alors un risque de plus grande impasse ».

"Jamais aussi immobile qu’avec Reynders"

Caroline Gennez (SP.A) reproche de son côté à l’informateur qu’il n’a encore jamais « parlé de contenu, mais seulement des poupées », c’est-à-dire des partis qui pourront encore participer aux discussions communautaires. Jusqu’à présent, il n’est pas parvenu à faire sortir les partis de l’impasse politique.

La présidente des socialistes flamands estime donc que les choses n’ont jamais été aussi calmes et immobiles que depuis le début de la mission de Didier Reynders, il y a deux semaines. Elle va même jusqu’à dire que « Reynders n’a encore rien fait jusqu’à présent ».

Et Gennez de préciser que « chez les partis francophones, c’est comme s’ils devaient s’arracher un ongle pour chaque pas fait dans la direction d’une réforme d’Etat. Cela s’accompagne toujours de beaucoup d’émotions et d’hystérie. Mais d’autre part, la N-VA ne semble pas bien savoir quel est son but final. Nous devons évoluer dans la direction d’une Union Belge, avec quatre Régions qui possèdent beaucoup d’autonomie », concluait Gennez ce mercredi soir dans l'émission "Terzake".