Les européens divisés sur la Libye

La décision française de reconnaître la CNT a suscité des réactions "réservées voire négatives" de la part de nombreux ministres des Affaires étrangères réunis à Bruxelles, a indiqué Steven Vanackere (photo).

La reconnaissance par la France du Conseil national de transition (CNT), qui rassemble l'opposition au colonel Kadhafi, comme étant le "représentant légitime" du peuple libyen a provoqué la stupeur de ses partenaires européens, dont les ministres des Affaires étrangères étaient réunis jeudi à Bruxelles pour discuter de la Libye.

Paris a reçu le soutien du Parlement européen à Strasbourg qui a voté à une écrasante majorité une résolution demandant au chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, d'"établir des relations avec le CNT" et d'"entamer le processus" menant à une reconnaissance officielle de cette instance.

Mme Ashton avait refusé la veille de soutenir la demande du CNT d'être reconnu comme étant la seule autorité légitime en Libye.

Les gouvernements européens sont en effet très divisés sur la conduite à tenir. Berlin juge la situation "encore trop confuse pour décider comment on doit procéder", a expliqué le secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères, Werner Hoyer. Une porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères a convenu que le CNT était "un interlocuteur valable", mais n'a pas parlé de "représentant légitime".
Nous reconnaissons le CNT "de facto", a pour sa part déclaré le chef de la diplomatie hongroise Janos Martonyi, en ajoutant que cette reconnaissance "n'avait pas de base juridique". "Nous devons être prudents", a dit M. Martonyi dont le pays assure actuellement la présidence de l'UE.

Leterme: "Toute action militaire devra s'inscrire dans un cadre international"

Le Premier ministre démissionnaire Yves Leterme (CD&V) a insisté jeudi au Parlement pour que toute action militaire envers le régime de Mouammar Kadhafi se fasse dans un cadre international concerté.

"Toute option militaire ne pourra se faire que dans le cadre d'un mandat des Nations Unies, même s'il n'y a pas unanimité pour l'heure, (...) ainsi qu'avec le soutien la Ligue arabe, mais aussi si la population libyenne le demande", a jugé jeudi après-midi le chef du gouvernement au cours d'un débat en commission portant sur le sommet européen extraordinaire prévu vendredi où la situation libyenne sera évoquée.

Devant les députés, Yves Leterme a assuré que, vu la situation institutionnelle actuelle, toute participation belge à ce genre d'opération ne se ferait pas sans débat préalable au Parlement.

"Il est hors de question pour la Belgique de participer à une action militaire sans informer le Parlement et fournir un état des lieux qui nécessiterait cet engagement", a-t-il insisté.

"La Belgique reconnaît des Etats, pas des partis"

Le premier ministre a reçu jeudi en fin de journée des représentants du Conseil national de transition (CNT) libyen mais s'est abstenu de reconnaître cet organe comme le "représentant légitime du peuple libyen", ce qu'avait fait en matinée le président français Nicolas Sarkozy.

Les représentants du CNT sont ressortis sans mot dire du Lambermont, la résidence du premier ministre à Bruxelles, où ils venaient de rencontrer ce dernier pendant une demi-heure.
"Nous avons pris contact et ils nous ont informés sur la situation en Libye", a indiqué le premier ministre à l'issue de l'entretien. "Ce qu'ils nous ont décrit est affreux", a-t-il ajouté, en référence à la violente répression menée par le régime de Mouammar Kadhafi.
La rencontre entre le premier ministre belge et le CNT démontre que la Belgique considère ce dernier comme un interlocuteur, sans toutefois lui accorder le crédit de représenter à lui seul le peuple libyen.
"La Belgique reconnaît des Etats, pas des partis", a rappelé M. Leterme, paraphrasant le discours de nombreux Etats européens surpris de l'initiative de Nicolas Sarkozy.
Yves Leterme a dès lors renvoyé au sommet européen de vendredi pour que l'Union européenne adopte une position commune sur la Libye.