L’euromanifestation a traversé Bruxelles

L’action de protestation contre la politique économique européenne, organisée à l’appel de la Confédération européenne des syndicats, a rassemblé entre 13.000 et 15.000 manifestants dans la capitale belge, où se réunissent aussi les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union. En fin de parcours, une confrontation a eu lieu entre militants et forces de l'ordre. Les embarras de circulation étaient moins importants qu’escomptés.

La grande manifestation organisée à l’appel de la Confédération européenne des syndicats paralysait Bruxelles alors que les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se réunissent ces jeudi et vendredi dans la capitale belge. Les 27 pays membres devraient en effet prendre des décisions cruciales notamment en ce qui concerne la stratégie socio-économique de l’Union.

Les syndicats européens protestaient contre la proposition de gouvernance économique européenne, qui doit être examinée au sommet, et craignent en outre une suppression de l’indexation automatique des salaires, mais aussi une augmentation de l’âge légal de la pension. Ils redoutent également que des économies soient faites dans le domaine de la sécurité sociale et dans les services publics.

"Lorsque l'on voit ce qui se passe actuellement dans certains pays de l'Union, je pense qu'il faut s'inquiéter de ce qui sera proposé au sommet de Bruxelles", estimait Caroline Copers, secrétaire générale du syndicat socialiste flamand.  "Nous ne voulons pas seulement une bonne Europe forte, mais surtout une Europe sociale et équitable".

Le syndicat socialiste organisait quatre grands cortèges, qui sont partis de quatre endroits différents dans la capitale. Les manifestations débutaient ainsi à la gare de Nord, à la Porte de Hal près de la gare du Midi, à la Place Meiser dans la commune de Schaerbeek et au rond-point Montgomery dans la commune de Woluwé-St-Pierre.

Les cortèges sont passés le long de bâtiments et institutions symboliques, comme la Banque Nationale de Belgique, le siège d’Electrabel, pour se rassembler finalement à la Rue de la Loi, qui avait été interdite à la circulation routière. Le syndicat chrétien organisait sa propre manifestation sur le plateau du Heysel, sous l’Atomium (qui a rassemblé 10.000 personnes), tandis que le syndicat libéral s’en tenait à des actions de sensibilisation dans des entreprises.

Luc Cortebeek du syndicat chrétien flamand estimait pour sa part que "l'Europe se dirige vers une inégalité sociale. Ce qui figure maintenant dans les textes est dangereux. On veut en effet lier l'évolution des salaires à celle de la productivité. Cela aura pour conséquence que des travailleurs de Pologne, Roumanie ou Hongrie seront poussés à l'arrière-plan. Ce qui aura aussi de lourdes conséquences pour nous".

Les manifestations ont débuté vers 8h30 du matin, mais les participants étaient déjà présents à divers endroits stratégiques une heure plus tôt. Après le passage des cortèges, la Place Meiser, le Boulevard Reyers et le rond-point Montgomery ont pu être libérés.

Les manifestants se sont ensuite rassemblés dans la Rue de la Loi, où sont installés plusieurs cabinets ministériels. Les actions se sont déroulées en général dans le calme, si ce n'est pour une confrontation entre des militants et les forces de l'ordre à hauteur du Boulevard du Régent, dans l'après-midi. La police a utilisé des canons à eau pour disperser les manifestants, dont certains jetaient des pierres.

Embarras de circulation limités

Bruxelles ressemblait ce jeudi matin quelque peu à une ville assiégée, en raison des diverses actions de protestation organisées par les syndicats. Plusieurs tunnels avaient ainsi été fermés le matin à la circulation, comme ceux de Reyers, du Parc du Cinquantenaire, de Van Praet et le tunnel menant à la Rue de la Loi.

Dans le centre-ville, c'étaient avant tout la Petite ceinture et le quartier des institutions européennes qui étaient congestionnés ce jeudi matin. Les transports en commun étaient également perturbés par les actions de protestations. Les horaires et trajets des bus de la STIB avaient été adaptés, et la société flamande De Lijn avait introduit des déviations dans certains parcours. Quant à la SNCB, elle a supprimé l’arrêt de ses trains à la gare de Bruxelles-Schumann entre 7h15 et 14h00.

Les automobilistes ayant été encouragés, dès mercredi, à ne pas se rendre en voiture dans le centre de la capitale, les embarras de circulation ont été moins étendus que prévu ce jeudi matin. Vers 8h00, le site d’informations routières Touring et le Centre flamand pour la circulation routière n’enregistraient ainsi que 125 kilomètres d’embouteillages sur les autoroutes belges, ce qui ne dépasse certainement pas les embarras de matins habituels aux heures de pointe.

Beaucoup de navetteurs semblaient avoir décidé de rester à la maison, ou avoir emprunté en voiture des voies secondaires - ce qui a entraîné certains embarras de circulation sur des plus petites voies. Aucun problème majeur n'était attendu pour l'heure de pointe du soir.