Le Roi déplore le colloque singulier rompu

Le Palais royal dénonce ce jeudi la publication dans la presse d’extraits du livre "Belgique, un roi sans pays", écrit par les journalistes Steven Samyn (De Morgen) et Martin Buxant (La Libre Belgique), qui citent des entretiens d’Albert II en colloque singulier avec les présidents de partis politiques. Le souverain leur aurait affirmé qu’il n’accepterait pas de nouvelles élections. Selon le Palais, le livre comprend des "inexactitudes manifestes".

« Le Roi Albert II a fait clairement comprendre à plusieurs présidents de partis qu’il refuserait de signer un Arrêté permettant de nouvelles élections législatives ». C’est ce qu’écrivent, notamment, les journalistes politiques Steven Samyn du quotidien flamand De Morgen et Martin Buxant du journal francophone la Libre Belgique dans leur livre « Belgique, un roi sans pays ».

Le Palais royal a dénoncé ce jeudi, dans un communiqué, la publication de ce livre. « Les extraits se rapportent au contenu des entretiens du Roi. Le Palais regrette que la discrétion qui est de mise en matière de colloque singulier n’ait pas été respectée. Cette discrétion vise à permettre au chef de l’Etat de pouvoir exercer sa fonction. Certains des extraits contiennent des inexactitudes manifestes, notamment sur les entretiens du 16 juin et du 8 octobre 2010 ».

"Qu’ils se débrouillent"

L’extrait du 16 juin a trait à la rencontre entre le Roi et le président du parti libéral flamand Open VLD, Alexander De Croo. Il fait état d’un entretien « houleux » entre les deux hommes, portant notamment sur la responsabilité du président de parti dans la chute du gouvernement Leterme II en avril 2010. Le souverain aurait affirmé qu’il considère De Croo comme un politicien « irresponsable ». L’extrait du 8 octobre concerne, lui, la désignation du président de la N-VA, Bart De Wever, comme « chargé de mission » royal et le caractère plus ou moins sérieux lié à ce titre.

En octobre 2010, le souverain belge avait reçu une série de présidents de partis dans le cadre de la crise politique qui perdure. Il se serait montré fâché de la situation politique du pays. « Il m’a juré qu’il n’accepterait jamais que de nouvelles élections soient organisées », affirme un président de parti cité dans le livre « Un roi sans pays » des journalistes Martin Buxant et Steven Samyn. « Qu’ils se débrouillent », aurait conclut Albert II en parlant de la N-VA et du PS, les deux partis vainqueurs des élections du 13 juin dernier.

Selon Steven Samyn, interviewé ce jeudi dans l’émission matinale « De Ochtend » de la VRT, le Roi aurait peur que des nouvelles élections ne conduisent à une radicalisation accrue des partis. Concrètement, il craindrait que la N-VA ne remporte encore de nombreuses voix. « A Laeken, un vent de panique a effectivement soufflé lors de la victoire électorale de Bart De Wever », explique Martin Buxant. « Pour la première fois, le Roi a reçu un républicain affiché ».

Les deux journalistes politiques ont donc basé le contenu de leur livre sur des entretiens avec des acteurs politiques. « On constate tout de même que la jeune génération de politiciens a moins peur du Roi et qu’elle parle plus facilement », explique Buxant. « La maison royale n’est plus une institution sacrée », précise Samyn. Et d’ajouter : « Le pouvoir du Roi diminue. La crise politique met le pays sous pression. Mais on constate aussi chez les politiciens la volonté de revoir à l’avenir le rôle de la monarchie ».