La centrale de Doel en zone très peuplée

De toutes les centrales nucléaires d’Europe, celle de Flandre orientale est située dans la zone la plus peuplée, avec 9 millions d’habitations dans un rayon de 75 kilomètres. C’est ce que révèle une enquête menée à un niveau mondial par la revue scientifique Nature, en collaboration avec l’université américaine Columbia à New York. La centrale de Tihange arrive en 5e position.

Sur base du critère de densité de population autour d’une centrale nucléaire, celle de Doel (Flandre orientale) est suivie par la centrale de Biblis, dans le Land allemand de Hesse. Cette dernière se trouve dans une zone regroupant dans un même rayon 7,2 millions d’habitants.

En cinquième position vient la centrale de Tihange (province de Liège), avec une population de 5,7 millions de personnes, suivie par celle de Borssele, installée juste derrière la frontière belgo-néerlandaise, avec 5,6 millions d’habitants dans un rayon de 75 kilomètres.

"De vieux réacteurs"

L’association flamande de défense de l’environnement Bond Beter Leefmilieu (BBL) souligne pour sa part que sur les 436 réacteurs nucléaires commerciaux actifs dans le monde, neuf ont plus de 40 ans. En 2015, ces vieilles centrales seront rejointes par celles de Doel et Tihange.

Une porte-parole de l’association BBL, Sara Van Dyck, estime que malgré l’entretien des centrales belges, un certain nombre de signes de vieillissement du matériel apparaissent sur des parties des réacteurs difficilement accessibles, notamment en raison d’un important rayonnement. Il est donc difficile de détecter ces signes de vieillissement.

Le Bond Beter Leefmilieu estime également que les spécialistes du secteur nucléaires ont peu d’expérience opérationnelle avec des réacteurs anciens. « La prolongation de la durée de vie des centrales de Doel (photo) et Tihange jusqu’à 50 ans, pour laquelle plaide encore toujours certains responsables, s’avère donc un jeu de roulette russe. Cela peut bien se passer, mais si cela tourne mal, ce sera totalement », précise Van Dyck.

Double coupole unique en Europe

Réagissant à l’article publié dans la revue scientifique Nature, le fournisseur d’électricité Electrabel qui exploite les centrales de Doel et Tihange, a affirmé que tous les bâtiments qui abritent des réacteurs des centrales belges sont équipés de doubles coupoles. Ce qui est unique en Europe en matière de sécurité.

La coupole intérieure de chaque bâtiment abritant un réacteur nucléaire a été spécifiquement développée pour arrêter des accidents internes et la coupole extérieure pour contrer les accidents qui pourraient se produire à l’extérieur.

« A la fin des années 1970, au moment du début de la construction des centrales les plus anciennes, celles de Doel et Tihange (photo), ce n’était vraiment pas une pratique courante de prévoir une double coupole », souligne Els Declercq d’Electrabel. « Toutes nos centrales sont équipées d’une telle coupole, ce qui fait que la situation en Belgique est unique en Europe ».

Electrabel rappelle aussi que les centrales doivent démontrer chaque année que leurs activités n’entraînent pas le dégagement d’un niveau supérieur de radiations. « De plus, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire effectue des relevés », précise la porte-parole d’Electrabel. Les plus anciennes centrales nucléaires belges, à savoir Doel 1 et 2 et Tihange 1, ont été mises en service en 1975.

"Doel 1 et 2 peuvent fermer"

Le ministre belge de l’Energie, Paul Magnette (PS), l’exclut pas que les plus anciennes centrales nucléaire, Doel 1 et 2, soient fermées en 2015, comme le prévoit la loi de 2003 sur la sortie du nucléaire. Selon lui, ce serait possible sans entrainer une pénurie d’électricité dans le pays.

Paul Magnette (photo) a tenu ces propos lors d’un déjeuner-débat avec la hiérarchie du syndicat socialiste sur l’avenir de l’énergie nucléaire. L’information est reprise ce samedi dans les quotidiens De Standaard et Le Soir. Ce dernier évoque une prolongation jusqu’en 2020 de l’unité numéro 1 de la centrale de Tihange.

En 2008, le gouvernement fédéral d’Herman Van Rompuy avait décidé de maintenir ouvertes pendant dix ans supplémentaires les centrales de Doel 1 et 2 et Tihange 1. Les experts craignaient en effet que leur fermeture n’entraîne une pénurie d’énergie en Belgique. En échange de la prolongation de vie des centrales, Electrabel devait payer une rente annuelle de 250 millions d’euros, mais cette mesure n’a pas encore pu entrer en vigueur en raison de la crise politique.

Alors que Doel 1 et 2 ont une capacité commune de 900 mégawatts, Paul Magnette estime qu’il y aurait entretemps suffisamment de capacité de remplacement de type non nucléaire pour fermer les trois centrales. Selon Le Soir, le ministre de l’Energie estime qu’il serait envisageable de fermer les deux réacteurs anversois et de prolonger seulement jusqu’en 2020 (et non 2025) l’unité 1 de Tihange, qui a subi une rénovation en profondeur il y a quelques années.