Jan Fabre fait scandale à Venise

La Biennale de Venise n’a pas encore commencé que les discussions vont bon train. Cette fois, c’est la sculpture en marbre « Piëta » de l’artiste et sculpteur flamand Jan Fabre qui est responsable de l’émoi. Visiblement inspirée de la « Pietà » de Michel-Ange, Jan Fabre a affublé Marie d’une tête de mort. Le corps qu’elle transporte est le corps sans vie de l’artiste lui-même, qui porte une paire de crânes en main.

Le travail est à voir découvrir officiellement à partir du 1er juin, trois jours avant l’ouverture officielle de la biennale d’art internationale, mais la sculpture est déjà installée et la presse italienne s’est déjà épanchée sur l’œuvre, de diverses manières. Une oeuvre blasphématoire ou un chef d’œuvre ? La discussion est d’ores et déjà ouverte et s’enflammera sans doute dès l’ouverture officielle de la biennale.

La sculpture « Piëta » de Jan Fabre est composée de cinq grandes sculptures, faites à partir du célèbre marbre blanc de Carrare, aussi utilisé par Michel-Ange. Les sculptures sont placées sur un podium de couleur or auquel les visiteurs -par respect- peuvent seulement accéder chaussés de pantoufles. Un chemin composé de grands crânes en marbre (avec un crucifix, un bonsaï en fleur et d’autres symboles) mène à la sculpture principale : le « Rêve misérable (Pietà V) » où la tête de mort de Marie observe le corps sans vie de l’artiste.

Pour Fabre, il s’agit là de l’expression de l’émotion d’une mère qui prendrait volontiers la place de son fils décédé. Comme dans toute l’histoire de l’art, la vie, la mort et la résurrection sont représentées par des icônes fortes, le travail de Fabre est lui aussi chargé de symboles. Ainsi, à gauche et à droite des colonnades du podium doré pendent de petits nids de coléoptères, symboles antiques de la métamorphose. Un pont entre la vie et la mort.

Fabre n’est pas inconnu en Italie et à Venise. On se rappelle encore de ses cerveaux et de son œuvre « From the feet to the brain » qui avaient été présentés à la biennale de 2009. Deux ans plus tôt, lors de la biennale de 2007, les Italiens avaient été confrontés à la paire de crânes de son « Anthropology of planet ». La travail de Jan Fabre est bien reçu en Italie où l’on est charmé par la précision de ses sculptures, qui sont comparées à celles des grands maîtres baroques. La question est de savoir si cette fois l’admiration l’emportera sur le sentiment qu’a pu provoquer une sculpture blasphématoire.

Jan Fabre n’est pas le seul Belge à Venise

La Belgique est officiellement représentée à la Biennale par l’œuvre intitulée « Le Feuilleton » de l’Espano-bruxellois Angel Vergara (curateur : Luc Tuymans). Est également à voir à Venise l’installation scientifique de Koen Vanmechelen (« Nato a Venezia »), tandis que Hans op de Beeck contribue à l’exposition collective et internationale « One of a thousand ways to defeat entropy ».

Le critique et historien de l’art suisse Bice Curiger est le curateur de cette Biennale 2011. Il est notamment le rédacteur en chef de « Parkett » et « Tate etc.».

Des pays comme l’Irak, l’Arabie Saoudite, le Bangladesh, l’Inde et Andorre sont représentés pour la première fois à Venise.

La « Piëtas » de Jan Fabre est à découvrir du 1er juin au 15 octobre à l’école « Santa Maria delle Misericordia » à Venise.