“Rain” au répertoire de l’Opéra de Paris

Créée en 2001 par la chorégraphe flamande Anne Teresa De Keersmaeker pour sa compagnie de danse contemporaine Rosas, cette œuvre basée sur une partition de l’Américain Steve Reich lance un nouveau défi technique au Ballet classique parisien. « Rain » sera encore donné ce mardi soir à l’Opéra national de Paris.

La chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker (née à Malines en juin 1960) avoue avoir hésité longtemps avant de se laisser convaincre par la directrice de la danse à l’Opéra national de Paris, Brigitte Lefèvre, qui souhaitait introduire « Rain » au répertoire de la prestigieuse compagnie parisienne. Mais selon la chorégraphe flamande, « la meilleure compagnie classique du monde a un lien très fort avec le passé, mais aussi un intérêt pour la danse contemporaine. C’est vraiment un endroit où la danse classique et la danse contemporaine peuvent se retrouver ».

C’est la première fois que l’ancienne élève de la Mudra - l’école bruxelloise de danse de Maurice Béjart - et de la Tisch School of Arts de New York, directrice depuis 1983 de sa propre compagnie de danse Rosas et depuis 1995 de son centre de formation de danse contemporaine PARTS à Bruxelles confie l’une de ses œuvres à une compagnie autre que la sienne. « C’était un challenge », souligne-t-elle. « Tant au niveau du vocabulaire que dans ma façon d’être sur scène, il y a un grand décalage avec ce à quoi sont habitués les danseurs de l’Opéra de Paris ».

« C’est une pièce clé dans le trajet musical de Steve Reich et aussi dans mon trajet », précisait à l’agence Belga la chorégraphe (photo) dont la compagnie fut pendant environ 15 ans en résidence à l’Opéra de La Monnaie à Bruxelles. « Rain, c’est tout un travail que j’ai fait pendant des années sur la musique répétitive, sur le contrepoint, sur le fait de rendre le maximum avec un minimum de vocabulaire, sur l’organisation spatiale avec des trames sous-jacentes géométriques ».

Danse postmoderne et musique minimaliste

C’est lors de son séjour aux Etats-Unis, au début des années 1980, que De Keersmaeker découvrit la danse postmoderne et la musique minimaliste du compositeur New-Yorkais Steve Reich (1936). Lors de son retour à Bruxelles, en 1982, elle créait « Fase, Four movements on the music of Steve Reich », puis d’autres œuvres inspirées du compositeur américain.

Dans ses créations, inspirées d’ailleurs d’œuvres musicales allant de l’époque baroque à la composition contemporaine, Anne Teresa De Keersmaeker développe une écriture complexe qui joue notamment sur des énergies cycliques et répétitives, explorant des formes géométriques strictes intimement liées aux formes sonores. Son style assez unique lui a rapidement valu une renommée internationale.

La chorégraphie « Rain » date de 2001 et a été conçue pour 10 danseurs sur l’une des grandes partitions de Steve Reich (photo), à savoir « Music for 18 Musicians » composée vers 1975 et s’inspirant du roman éponyme de l’écrivain néo-zélandaise Kirsty Gunn. « Rain » marqua le retour de la chorégraphe flamande à une danse utilisant la musique pour unique support, après une période de créations plus théâtrales réalisées en collaboration avec sa sœur Jolente De Keersmaeker.

Anne Teresa De Keersmaeker estime que « Rain » est « physiquement et techniquement très difficile et fait appel à d’autres techniques que celles auxquelles sont habitués les danseurs de l’Opéra de Paris ».

Le Ballet de l’Opéra national de Paris (photo) présentait depuis le 25 mai et jusqu’à ce mardi 7 juin, au Palais Garnier, l’œuvre majeure de la chorégraphe belge qu’il vient de reprendre à son répertoire, en compagnie de l’Ensemble Ictus et de Synergy Vocals placés sous la direction du Belge Georges-Elie Octors. Le décor et les lumières sont de Jan Versweyveld, tandis que les costumes ont été conçus par le styliste et créateur de mode anversois Dries Van Noten.