“La crise grecque, une chance pour l’UE”

L’ancien Premier ministre belge et actuel parlementaire européen Guy Verhofstadt (Open VLD, photo) estime que l’Union européenne doit pouvoir forcer des Etats membres à mener à bien des réformes. Selon lui, cela devrait permettre d’éviter des crises comme celle que traverse actuellement la Grèce. Verhofstadt met néanmoins en doute les affirmations du ministre des Finances démissionnaire, Didier Reynders (MR), qui a déclaré avoir su en 2001 que la Grèce présentait des statistiques faussées pour pouvoir entrer dans la zone euro.

Le Gantois Guy Verhofsdtadt, qui fut Premier ministre belge de 1999 à 2008 et qui préside depuis juin 2009 le groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe au sein du Parlement européen, attribue la crise que traverse actuellement la Grèce à un laisser-aller. « La cause de cette crise est que pendant une période de 10 ans l’économie dans la zone euro - et plus particulièrement l’économie allemande d’un côté et l’économie grecque de l’autre côté - n’ont pas évolué dans la même direction », indiquait Verhofstadt ce mardi matin dans l’émission « De Ochtend » de la première chaîne radio de la VRT.

« L’économie allemande est devenue très forte et compétitive, tandis que les Grecs n’y ont presque pas travaillé. Ce que nous vivons actuellement est donc une collision entre un lourd camion allemand qui roule à pleine vitesse et une économie grecque qui ne s’y est pas adaptée. La Grèce ne sortira jamais de ses problèmes si elle ne crée pas un minimum de croissance économique par des investissements. C’est ce qui manque actuellement pour contrecarrer la crise. D’un côté, on demande des efforts, qui sont réellement nécessaires, mais d’autre part on ne crée pas de perspective de croissance et d’investissements », précisait le parlementaire européen.

L’ancien Premier ministre belge est connu comme grand défenseur d’une intégration européenne accrue et estime que celle-ci contient la solution à la crise. « Le problème est que l’Europe ne s’est jusqu’ici pas donné les moyens de forcer les pays qui n’entament pas de réformes à les mener à bien. Il est en effet absurde d’avoir une union monétaire, l’euro, d’un côté et d’autre part de permettre qu’il y ait encore 17 stratégies différentes dans le domaine des finances publiques. Cela ne peut fonctionner. Nous allons devoir adopter une seule gestion économique dans l’Union européenne », estime Guy Verhofstadt.

Le président de l’Alliance des démocrates et des libéraux au Parlement européen se rend bien compte qu’une intégration économique n’est pas pour demain, « mais le combat est lancé ». Verhofstadt s’était déjà dit déçu par le manque d’engagement de ses collègues. « De nombreux dirigeants politiques, et surtout ceux des grands pays membres, pensent qu’ils auront du succès avec un discours nationaliste. Ce qui nous manque, ce sont des dirigeants du calibre de Helmut Kohl ou François Mitterand, qui avaient une vision pour l’Europe. Sarkozy et Merkel répètent les propos des nationalistes ».

Guy Verhofstadt estime que la crise grecque donne maintenant l’opportunité de faire un pas en direction de cette intégration, qui n’a jusqu’ici pas été possible. Selon le Belge, il faut d’abord que les recommandations de la Commission européenne - comme celles que la Belgique a reçues récemment - soient transformées en directives européennes que chaque Etat membre devra être contraint de respecter. « Si vous vivez au sein d’une famille, vous devez respecter les règles de cette famille ».

Les déclarations de Reynders sont "incroyables"

Au micro de l’émission « De Ochtend » (VRT), Guy Verhofstadt a également réagi ce mardi matin aux déclarations du ministre des Finances démissionnaire, Didier Reynders (MR, photo. Ce dernier a affirmé cette semaine dans des interviews que la Grèce est parvenue à entrer dans la zone euro en 2001 sur base des chiffres faussés et qu’Eurostat, le bureau de statistiques de l’Union européenne, était au courant de cette manœuvre.

« Je trouve cela incroyable », a réagi Guy Verhofstadt. « S’ils étaient au courant en 2001, ils auraient dû donner l’alerte au lieu de revenir sur le sujet 10 ans plus tard ». Le parlementaire libéral met en doute le fait qu’on ait été au courant en 2001. « Personne n’a rien dit à l’époque. On a dit alors : la Grèce satisfait à toutes les conditions et nous acceptons donc la Grèce dans la zone euro ».

Que les affirmations soient vraies ou non, pareille chose ne pourrait plus arriver aujourd’hui, affirme Verhofstadt. « Dans le paquet que nous négocions actuellement, cela deviendra impossible. Les pays qui tripatouillent leurs statistiques recevront immédiatement une lourde amende ».