La presse pousse de profonds soupirs

Le "non" de la N-VA à la note du formateur Elio Di Rupo couvre la Une des quotidiens belges. Certains d’entre eux se montrent compréhensifs face à la réaction du parti nationaliste flamand, d’autres sont au désespoir de voir le pays s’enliser encore plus dans la crise politique. De Morgen pousse même un profond soupir en page de couverture : Pffffff.

Les quotidiens Gazet van Antwerpen et Het Belang van Limburg se montrent le plus compréhensifs envers le refus de la N-VA d’entamer des négociations sur base de la note du formateur Elio Di Rupo. Pour impitoyable qu’elle soit, la position de la N-VA a au moins le mérite de la clarté, estime Gazet van Antwerpen. « Le parti aurait aussi bien pu dire « oui, mais » pour rediscuter au cours de l’été et finalement retirer la prise en septembre ». Pour Het Belang van Limburg, ce « non » a peut-être été la réponse la plus honnête des partis. Les deux quotidiens s’inquiètent néanmoins de la crise profonde du régime belge, sans y voir une issue.

Pour Het Nieuwsblad il semble de plus en plus clair qu’Elio Di Rupo (PS) et Bart De Wever (N-VA) ne seront jamais assis côte à côte dans un gouvernement. « La manière dont De Wever a traité la note du formateur laisse supposer qu’ils en sont venus eux-mêmes à cette conclusion ». Pour l’éditorialiste Liesbeth Van Impe des élections semblent progressivement inévitables. De Standaard est d’avis que si Elio Di Rupo et Bart De Wever ne prennent pas bientôt un grand tournant, les partis pourront faire une croix sur la formation d’un gouvernement. Pour l’éditorialiste Bart Sturtewagen, De Wever a montré qu’il est plus que jamais une figure de proue pour chacun des Flamands, qui travaille, épargne ou paie des impôts.

Het Laatste Nieuws estime par contre que le PS et la N-VA sont condamnés à rester ensemble. Désespéré, le quotidien suggère d’enfermer Di Rupo, De Wever et les autres présidents des partis négociateurs dans un château d’Albert II pendant l’été, sans téléphone, pour qu’ils soient contraints de négocier.

Pour De Morgen, le retrait de la N-VA n’est pas en soi un problème. « Il y encore suffisamment de partis pour former une majorité simple ». Pour Yves Desmet, le vrai problème est plutôt le CD&V, qui s’est montré très dépendant de la N-VA. Selon l’éditorialiste, la logique interne du parti est simple : se montrer moins flamand que la N-VA et devoir trouver un accord avec le MR et le FDF serait suicidaire pour le parti. L’attitude du CD&V n’est donc plus déterminée par ses convictions mais par la peur des élections, estime De Morgen.

De Tijd conclut, comme la plupart des quotidiens, qu’il ne reste bientôt plus d’autre solution que d’organiser de nouvelles élections. Selon l’éditorialiste Bart Haeck, les hommes politiques concernés devront admettre leur impuissance. Ils n’auraient en effet rien fait de leur victoire électorale du 13 juin 2010. La Belgique n’est pas réformée et le pays a pris du retard sur ses voisins. Rien n’indique, en outre, que la situation va changer.

Les journaux francophones critiquent N-VA et CD&V

Pour les journaux francophones, le refus de la N-VA montre définitivement que les nationalistes flamands sont incapables de négocier. La Libre Belgique et Le Soir titrent en néerlandais « Neen ». La Libre se demande si Bart De Wever a jamais été prêt à négocier. « Le doute était permis, il ne l’est plus : la réponse est non ».

Le Soir considère que la réponse de la N-VA a au moins le mérite de la clarté et « évite de nous entraîner à nouveau dans le jeu des idiots qui mentent ». Le quotidien de Bruxelles demande cependant à Bart De Wever d’arrêter de faire croire qu’il souhaite réformer le pays.

La Dernière Heure estime que « la N-VA n’est pas un parti démocratique capable de négocier des compromis, mais une formation totalitaire ». Les éditions de l’Avenir estiment que la N-VA veut asseoir son pouvoir par une argumentation monolithique et un refus entêté du compromis. L’Echo enfin traite le parti nationaliste flamand de « tête de mule ».