Le formateur a rendu sa démission au Roi

Le refus de la N-VA de négocier pour une réforme de l’Etat et la formation d’un nouveau gouvernement fédéral sur base de la note d’Elio Di Rupo a fait l’effet d’une bombe. Le formateur (photo principale) a été reçu en audience ce vendredi après-midi au château de Laeken et a rendu rapport au Roi. Il a demandé à Albert II d'être déchargé de sa mission. Le souverain tient sa décision en suspens, vraisemblablement pendant plusieurs jours.

Le communiqué du Palais, publié vers 17h30 ce vendredi,  indique que le formateur Elio Di Rupo a fait rapport au Roi sur les réactions des différents partis à sa note de base.

"Le formateur a demandé au Roi d'être déchargé de sa mission. Le Roi tient sa décision en suspens", indique le Palais. Et de préciser: "Compte tenu de la gravité de la situation politique, le Roi souhaite que chaque responsable politique du pays prenne quelques jours de réflexion pour mesurer les conséquences de la situation politique et chercher des pistes de solution".

Il est donc très probable qu'Albert II tienne sa décision en suspens jusqu'à mardi ou mercredi prochains au moins. Le souverain entamera vraisemblablement aussi des consultations dans les prochains jours.  

Quels sont les scénarios possibles?

Au lendemain de la réponse des partis politiques à la note du formateur Elio Di Rupo (PS) en vue de la formation d’un nouveau gouvernement fédéral et une réforme de l’Etat, le refus des nationalistes flamands d’entamer des négociations sur base des propositions du formateur a soulevé de vives réactions. En premier lieu de la part des huit autres partis qui entrent en ligne de compte pour la formation d’une nouvelle coalition et qui ont par contre dit « oui » - ou plus précisément « oui, mais » pour la plupart - à des négociations sur base de la note Di Rupo. Ces partis accusent pour une part la N-VA de vouloir laisser pourrir la situation et d’autre part de n’avoir pas saisi une dernière occasion de sortir le pays de sa léthargie politique.

Plusieurs partis, et notamment les écologistes flamands de Groen !, suggèrent maintenant de reprendre des négociations, mais sans la N-VA qui a rejeté la note Di Rupo. « Les huit partis qui acceptent la note comme base de négociations doivent maintenant prendre leurs responsabilités », estime Wouter Van Besien (photo), président de Groen !. « Pourquoi pas, si le CD&V et Open VLD sont d’accord ? », suggérait la vice-Première ministre Laurette Onkelinx (PS)

Une autre possibilité serait de reprendre des négociations avec la N-VA, sur base des critiques apportées par les nationalistes flamands à la note du formateur. Reste à voir qui serait prêt à prendre l’initiative de telles négociations avec le parti sorti vainqueur en Flandre des élections législatives du 13 juin 2010. Il semble en tous cas peu probable que le président de la N-VA, Bart De Wever, en prenne lui-même l’initiative, après l’affront fait à Elio Di Rupo. De Wever s’est cependant dit encore disponible pour des négociations, pour autant qu’elles tiennent compte des critiques de son parti.

Du côté francophone, on évoque encore toujours la possibilité de continuer avec le gouvernement en affaires courantes mené par Yves Leterme (CD&V), ou alors de mettre en place un gouvernement provisoire qui aurait reçu la confiance du Parlement. La question est cependant si une majorité sera favorable à cette option. Les partis flamands sont en effet réticents. Même le CD&V, qui resterait au gouvernail dans un gouvernement provisoire, hésite.

La balle semble donc partiellement être dans le camp des démocrates-chrétiens flamands. Ce jeudi, leur président Wouter Beke (photo) déclarait en effet encore que son parti ne soutiendrait qu’un gouvernement dans lequel siègent à la fois le PS et la N-VA. Il faudrait donc que le CD&V change d’avis pour rendre l’option d’un gouvernement provisoire possible.

« Il n’y a plus beaucoup de scénarios possibles dans l’immédiat », commentait la vice-Première ministre Laurette Onkelinx ce vendredi. Si ceux mentionnés ci-dessus ne s’avèrent pas réalisables, il semble ne plus rester d’autre option que des élections anticipées. Mais aucun parti ne défend ouvertement cette possibilité, au contraire. Ces élections tomberaient en effet peu de temps avant les élections communales de 2012. Les sondages des intentions de vote réalisés ces derniers mois ont également démontré que les résultats d’un nouveau scrutin ne diffèreraient pas beaucoup de ceux de juin 2010.