"La Flandre ne veut plus patauger"

Dans son discours à l’occasion de la Fête de la Communauté flamande du 11 juillet, prononcé dimanche soir à Courtrai, Bart De Wever a rendu hommage à l’écrivain anversois Hendrik Conscience et a jeté un regard sur l’avenir de la Flandre. L’assistance attendait surtout la réaction du président de la N-VA face à l’impasse politique. La deuxième partie de son discours y était consacrée.

La Communauté flamande de Belgique a choisi le 11 juillet pour sa fête annuelle, soit le jour de la Bataille des Eperons d’or de 1302 qui vit les milices communales de Flandre vaincre l’armée féodale du roi Philippe le Bel aux abords de la forteresse de Courtrai (actuelle Flandre occidentale). Pour les Flamands, cette victoire est le symbole du début de leur indépendance.

Le président de la N-VA, Bert De Wever (photos), prononçait donc son discours de circonstance sur le Groeningekouter à Courtrai (Flandre occidentale), noir de monde, où le comité des Eperons d’or organisait sa traditionnelle journée de fête flamande. De Wever affirmait en commençant qu’il ne voulait pas faire un discours sur la politique de son parti. « Aujourd’hui, il n’est pas question de moi ni de mes convictions politiques, mais de l’état de notre nation ». Le public présent attendait cependant avec impatience sa réaction face à l’impasse politique.

« La Flandre n’a pas de raison d’être satisfaite d’elle-même, mais doit d’urgence se mettre au travail », indiquait Bart De Wever en regardant vers l’avenir. Il expliquait ensuite que trop peu de citoyens sont au travail pour pouvoir compenser les coûts croissants de la sécurité sociale et des pensions. Le message reste donc : économiser et mener à bien des réformes socio-économiques drastiques.

Pour ce qui est du volet communautaire, Bart De Wever lançait à l’adresse des francophones, dont il estime qu’ils freinent des réformes en profondeur : « Alors que nous devons faire face à des défis, nous ne parvenons depuis longtemps plus à réagir de façon adéquate au niveau belge. Les partis francophones n’ont pas le droit d’imposer un statu quo à la majorité flamande. Ceux qui ne veulent pas participer aux réformes ne peuvent, selon moi, qu’accepter la logique que les deux parties du pays doivent recevoir la possibilité de mener leur politique propre en prenant leurs propres responsabilités ».

Et de poursuivre à Courtrai : « Je ne peux et ne veux pas parler au nom de tous en Flandre, mais je ne peux en tous cas plus me satisfaire de ce qui nous est présenté comme « maximum qu’on puisse obtenir ». Je ne peux me satisfaire d’un peu de grondement dans la marge ».

Le président des nationalistes flamands ne s’est cependant pas dit pessimiste. « Chaque crise porte en elle une opportunité. Cette opportunité est pour nous aujourd’hui de faire comprendre de façon correcte mais ferme que la Flandre ne veut plus patauger ».

Hommage à Hendrik Conscience

Dans la première partie de son discours, Bart De Wever a rendu hommage à l’écrivain anversois Hendrik Conscience « parce qu’il a encouragé, avec ses livres populaires, le Flamand illettré à lire, et a ainsi donné le coup d’envoi de l’émancipation sociale et intellectuelle ».

Conscience - né de mère flamande et de père français - est aussi l’auteur du livre « Le lion des Flandres », dans lequel le passé héroïque de la Flandre est décrit et particulièrement glorifié pour l’épisode de la Bataille des Eperons d’or de 1302. « Conscience a donné à la communauté flamande qui s’épanouissait les symboles grâce auxquels elle a pu s’affirmer en tant que communauté dans le contexte belge », déclarait Bart De Wever dimanche soir à Courtrai.

Le fait que « Le lion des Flandres » ne soit pas un récit objectif de la Bataille des Eperons d’or n’a pas beaucoup d’importance, estime le président de la N-VA. Le mythe qu’a proposé Conscience sert, selon De Wever, l’imagination d’une Flandre émancipée et sûre d’elle.

La Bataille des Eperons d'or

Le 11 juillet 1302, dans la plaine de Groeninghe avec les murailles du château de Courtrai en toile de fond, les milices flamandes composées de 20.000 hommes à pied armés du goedendag (lourde lance hérissée d’une pointe métallique) affrontent les troupes françaises du roi Philippe IV de France composées d’environ 50.000 hommes, fantassins et chevaliers.

Alors que les chevaliers français trop lourdement armés s’embourbent avec leurs chevaux dans les marécages, les combattants flamands - bénéficiant de l’aide de Brabançons et de Namurois - parviennent à remporter la bataille. Comme trophées, ils ramènent les éperons d’or de tous les chevaliers tombés au combat et les exposent dans l’église Notre-Dame de Courtrai.

Surnommée pour cette raison la Bataille des Eperons d’or, cet affrontement marque pour les Flamands le début de leur indépendance. La victoire permit en effet à la Flandre (qui tirait à l’époque sa prospérité de l’industrie textile) de ne pas être rattachée à la France. Aujourd’hui encore, cette bataille est symbole pour les Flamands de leur émancipation culturelle. D’où le choix de cette date pour célébrer la Fête flamande.