L’UE se concerte sur la crise dans la zone euro

A l’invitation du président du Conseil européen Herman Van Rompuy, les responsables européens se sont réunis d’urgence à Bruxelles ce lundi après-midi alors que la crise de la dette gagne l’Italie et l’Espagne, et risque ainsi de faire vaciller toute la zone euro.

Le président du Conseil européen, le Belge Herman Van Rompuy (photo principale, tout à fait à droite), avait convoqué d’urgence ce lundi à un déjeuner de travail les principaux responsables économiques européens, et notamment les présidents de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker, de la Banque Centrale européenne Jean-Claude Trichet et de la Commission européenne José Manuel Barroso.

Officiellement, il s’agissait de coordonner les positions sur le dossier de la Grèce. Mais en vérité, l’Union européenne voit avec crainte l’Italie entraînée dans la crise de la dette, à la suite de la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne. Vendredi dernier, les investisseurs ont vendu en masse des bons d’Etat italiens.

Mais à l’opposé de la Grèce ou de l’Irlande, l’Italie est l’un des poids lourds de l’économie dans l’Union et une crise financière dans ce pays aurait des répercussions bien plus importantes que les crises que traversent actuellement les plus petits pays membres. La situation n’est pas encore aussi dramatique, mais si l’Italie commence à donner l’impression qu’elle n’est plus fiable, cela pourrait engendrer un cercle vicieux de panique.

Les taux espagnols et italiens sur le marché de la dette ont atteint ce lundi leurs plus hauts niveaux historiques depuis la création de la zone euro. Ce qui signifie que le coût d’emprunt de Madrid et Rome pour rembourser leur dette est en hausse. Les bourses ont également chuté ce lundi en Italie, notamment.

Les ministres des Finances de la zone euro se concertaient d’ailleurs ce lundi. Ils devaient débattre de l’Italie, mais aussi du nouveau plan de sauvetage de la Grèce. A l’agenda figure notamment l’implication d’investisseurs privés, comme les banques et des fonds d’investissement. Vendredi dernier, le Fonds monétaire international (FMI) avait donné son feu vert à un crédit d’urgence de 3,2 milliards d’euros pour Athènes. Il s’agit d’une partie du plan de soutien de 110 milliards d’euros financé par l’Union européenne et le FMI.

"L’avenir de la zone euro est en jeu"

Le Professeur en Economie de l’Université Catholique de Louvain (en Brabant flamand), Paul De Grauwe (photo), estime qu’une crise financière en Italie pourrait mettre en péril l’ensemble de la zone euro.

L’Italie est en effet, après l’Allemagne et la France, la troisième économie de la zone euro, mais elle ne croit presque plus. D’autre part, le pays possède une dette qui correspond à 120% du produit intérieur brut italien.

Le pays est en outre réputé pour son instabilité politique. Les spéculations de ces derniers jours ont d’ailleurs débuté à la suite d’une dispute entre le Premier ministre Silvio Berlusconi et son ministre des Finances, Giulio Tremonti, qui est respecté au niveau international. Ce dernier proposait un plan d’économies.

Si l’Italie sombrait dans une crise telle que celle que traverse la Grèce, il faudrait nettement plus d’argent pour redresser la situation. Le professeur De Grauwe doute que l’Allemagne acceptera alors de continuer à payer pour un soutien à l’Europe du Sud. Ceci pourrait donc mettre en danger l’ensemble de la zone euro.

Paul De Grauwe estime en outre qu’une union économique et monétaire n’est possible que s’il existe aussi une union politique, ce qui est encore loin d’être le cas.