Verhofstadt : "boycott pétrolier de la Syrie"

L’ancien Premier ministre belge et président de l’Alliance des démocrates et libéraux au sein du Parlement européen estime que l’Union européenne réagit beaucoup trop mollement face à la répression sanglante du mouvement de protestation populaire en Syrie. Guy Verhofstadt (Open VLD) voudrait voir des sanctions nettement plus sévères prises à l’encontre du régime syrien, comme par exemple un boycott pétrolier.

Depuis cinq mois, la Syrie est en proie à un mouvement de contestation populaire sans précédent, réprimé avec des moyens militaires par le président Bachar al-Assad. Depuis samedi, des navires de guerre sont pour la première fois intervenus, dans la ville portuaire de Lattaquié, où 26 personnes ont perdu la vie. Au cours des derniers mois, quelque 2.000 personnes auraient déjà été tuées en Syrie.

Le président américain Barack Obama, le Premier ministre britannique David Cameron et le roi Abdallah d’Arabie ont exigé l’arrêt « immédiat » des violences. Quant aux pays membres de l’Union européenne, ils préparent actuellement une nouvelle déclaration.

L’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, qui assure depuis juillet 2009 la présidence du groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) au sein du Parlement européen, estime que la réaction de la communauté internationale face à la répression violente de la contestation populaire en Syrie est plutôt tiède.

« L’union européenne doit prendre des sanctions bien plus sévères », juge Guy Verhofstadt. « A l’heure actuelle, il existe une liste comprenant les noms de 35 personnes haut placées » qui ne peuvent entrer dans l’Union européenne, « mais c’est à peu près tout. Cela ne touche pas le régime syrien ». Le président des libéraux au Parlement européen exprime également des critiques à l’encontre de la baronne Catherine Ashton, la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. « Elle propose quelque chose et attend ensuite toujours la réponse des 27 ministres des Affaires Etrangères », précise Verhofstadt.

L’ancien Premier ministre belge propose donc des sanctions plus strictes envers le régime syrien. « Tout d’abord, il faut toucher les 200 familles en Syrie qui sont le pilier du régime Baas, notamment en gelant leurs avoirs bancaires. Ensuite, il faut décréter un boycott de l’importation de pétrole venant de Syrie. Le régime en retire en effet de très importants revenus. Grâce à un boycott pétrolier, nous pouvons assécher les moyens financiers du président al-Assad ».

Guy Verhofstadt estime que des sanctions économiques peuvent avoir une influence sur la Syrie, « si elles sont suivies massivement ». « Mais par intérêt personnel, l’Union européenne n’a jusqu’ici pas encore osé envisager un boycott ».

Selon Verhofstadt, une action militaire contre la Syrie (comme en Libye) n’est par contre pas évidente. Cette option ne serait actuellement pas suffisamment soutenue par la communauté internationale. « Mais si le régime syrien utilise maintenant lui-même des navires de guerre, nous devons nous demander si nous ne pouvons pas faire contrôler une certaine zone par des troupes internationales. Cela vaut aussi pour la zone frontalière avec la Turquie. La Syrie y a posté des troupes, notamment pour arrêter les réfugiés. Il y a déjà eu plusieurs incidents », précise Guy Verhofstadt.

Le ministre belge des Affaires Etrangères démissionnaire, Steven Vanackere, soutient l’option de sanctions économiques à l’encontre de la Syrie.