Un gouvernement pour la zone euro ?

Au terme de leur sommet bilatéral à Paris, très attendu par les marchés, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ont proposé aux pays de l’Union européenne de créer un gouvernement de la zone euro, qui serait nommé pour deux ans et demi, se réunirait deux fois par an, et serait dirigé par l’actuel président du Conseil européen, Herman Van Rompuy (photo principale). La proposition déçoit le chef de file des libéraux européens, l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt.

La chancelière allemande et le président français (photo) rédigent ce mercredi sous forme de lettre leurs propositions, qui émanent de leur sommet bilatéral tenu mardi à Paris. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy proposent à leurs collègues des pays membres de l’Union européenne de créer un « gouvernement de la zone euro », qui soit nommé pour une période de deux ans et demi et qui se réunisse tous les six mois (« et plus si nécessaire »). « Nous allons vers une intégration économique renforcée de la zone euro », a expliqué Nicolas Sarkozy.

Le président français et la chancelière allemande proposent en outre que l’actuel président du Conseil européen, l’ancien Premier ministre belge Herman Van Rompuy (photo principale), dirige le nouveau gouvernement économique - « s’il est candidat, bien sûr », a précisé Sarkozy.

Ces derniers mois, Van Rompuy a déjà dû réunir plusieurs fois d’urgence les chefs d’Etat et de gouvernement des 17 pays membres de la zone euro. Les dirigeants français et allemande veulent donc donner davantage d’importance à ces réunions et un rôle accru au Belge.

Une taxe sur les transactions financières ?

Au cours de la conférence de presse commune de mardi soir, le président Sarkozy a également annoncé que « les ministres des Finances allemand et français déposeront sur la table des instances européennes une proposition commune, dès le mois de septembre, d’une taxe sur les transactions financières ».

Sarkozy et Merkel vont aussi proposer que les 17 pays de la zone euro adoptent avant l’été 2012 une règle d’équilibre des finances publiques, déjà en vigueur en Allemagne et en cours d’adoption en France.

Les deux dirigeants se sont par contre déclarés opposés à la création d’euro-obligations qui remplaceraient les bons du Trésor émis par chaque Etat membre. Cette mesure a été préconisée par la Commission européenne et plusieurs pays de l’Union, en vue d’apaiser les marchés financiers. Angela Merkel estime « que les euro-obligations ne nous aideraient pas aujourd’hui », alors que Nicolas Sarkozy juge que ces obligations mettraient « gravement en danger » les pays les mieux notés. Selon le président, pareilles euro-obligations ne peuvent être que « l’aboutissement d’un processus d’intégration ».

"Ceci n’est pas un euro-gouvernement économique"

Invité ce mercredi matin dans l’émission « De Ochtend » de la première chaîne radio de la VRT, l’ancien Premier ministre belge et actuel président de l’Alliance des démocrates et libéraux au Parlement européen, Guy Verhofstadt (Open VLD, photo), s’est déclaré déçu par les mesures proposées par l’Allemagne et la France pour améliorer la gouvernance de la zone euro. Le libéral flamand affirme accueillir favorablement la déclaration commune en faveur d’un gouvernement économique, mais estime qu’un conseil des chefs d’Etat et de gouvernement qui se réunirait deux fois par an ne peut pas vraiment être qualifié de « gouvernement » qui doit suivre l’évolution de la situation au jour le jour.

« Deux fois par an, c’est six fois moins de réunions que leurs collègues de l’Eurogroupe », qui rassemble les ministres des Finances des 17 pays de la zone euro, a souligné Verhofstadt. Le chef de file des libéraux européens suggère que la gouvernance économique de la zone euro soit assurée grâce à la création d’un « cabinet restreint » ou cabinet interne au sein de la Commission européenne. Ce dernier regrouperait les Commissaires responsables pour la zone euro et serait dirigé par l’actuel Commissaire aux Affaires économiques, le Finlandais Olli Rehn.

Pour ce qui est d’une taxe sur les transactions financières, Guy Verhofstadt estime qu’il ne s’agit pas d’une idée neuve et qu’elle a déjà été en grande partie développée par la Commission européenne. L’ancien Premier ministre belge est par contre partisan de la création d’euro-obligations - que rejettent Merkel et Sarkozy.

Selon Verhofstadt, ces « euro-bons » permettraient de réduire de 0,4 à 0,5% les intérêts sur la dette publique totale des 17 pays de la zone euro. Et ils mettraient immédiatement fin aux spéculations contre les pays plus faibles de la zone euro, tout en obligeant ces pays à adopter des réformes économiques structurelles et à mieux gérer leur budget. Sans quoi, ces mauvais élèves seraient exclus des euro-obligations.