Milquet quitte la présidence du CDH

Joëlle Milquet cédera le 1er septembre la présidence du CDH (Centre Démocrate Humaniste) à Benoît Lutgen, après douze ans passés à la tête d'un parti centriste qu'elle a profondément marqué de son empreinte.

Elle restera vice-première ministre et ministre de l'Emploi du gouvernement Leterme en affaires courantes et continuera à mener les négociations institutionnelles au nom du CDH.

Fin du PSC

Joëlle Milquet est née le 17 février 1961 à Charleroi. En 1984, elle est licenciée en droit de l'Université catholique de Louvain où elle est assistante, tout en étant inscrite au barreau de Bruxelles.
Après une expérience à la Cour de justice des Communautés européennes, elle rejoint le groupe PSC du Sénat pour devenir ensuite chef de cabinet adjoint du ministre de l'Enseignement supérieur Michel Lebrun et puis Secrétaire politique des sociaux-chrétiens francophones.

En 1995, elle est désignée sénatrice et c'est au cours de cette année qu'elle occupe pour la première fois l'avant-scène de l'actualité politique. Le 16 décembre, Gérard Deprez quitte la présidence du PSC qu'il occupait depuis 14 ans. Il veut placer à la tête d'un parti marqué par le déclin électoral Joëlle Milquet, apte à ses yeux à incarner le renouveau des sociaux-chrétiens francophones.

La tentative se soldera par un échec. L'un des caciques du parti, Charles-Ferdinand Nothomb, brigue lui aussi la présidence, qu'il avait exercée avant Gérard Deprez. Il l'emportera de quelques voix.

Douze années de présidence

Joëlle Milquet attend 1999 pour devenir présidente du PSC après le bref intérim de Philippe Maystadt, la déroute des sociaux-chrétiens aux élections et leur relégation dans l'opposition. Elle s'emploiera à rajeunir le parti et à moderniser son image. En 2002, elle efface la référence chrétienne de sa dénomination pour en faire le CDH: le centre démocrate humaniste.

Le parti demeure pour autant fragile, certains prédisent même sa disparition à terme de l'échiquier politique.

Les élections de 2003 se traduisent pour le CDH par un score qui reste faible et le parti devra passer une législature fédérale de plus dans l'opposition.

Il affrontera même une tentative d'OPA du MR sur une partie de ses cadres qui se marquera par le départ du  député-bourgmestre de Dinant, Richard Fournaux.

Il faudra attendre les élections de 2004 pour voir le CDH revenir dans les majorités des Régions wallonne et bruxelloise et à la Communauté française, à la faveur d'une alliance avec le PS d'Elio Di Rupo.

Après les élections communales de 2006, Joëlle Milquet devient échevine à Bruxelles-Ville.

Le scrutin du 10 juin 2007 marque le retour du CDH dans la majorité fédérale. Joëlle Milquet s'affirme encore un peu plus sur la scène politique au cours des longues négociations de l'orange bleue et son intransigeance sur certaines questions lui vaut le surnom de "madame non" dans la presse flamande.

Ces négociations feront également apparaître une inimitié tenace avec le MR et son président, Didier Reynders. Celui-ci n'apprécie guère le style de Joëlle Milquet et l'accuse régulièrement de vouloir ramener le PS dans le jeu.

En 2008, Joëlle Milquet fait son entrée dans le gouvernement Leterme Ier où elle succède à Josly Piette, désigné ministre de l'Emploi le temps du bref et dernier gouvernement de Guy Verhofstadt. Elle ne lâche pas pour autant la présidence de son parti: des négociations institutionnelles ont en effet toujours lieu... Elles n'aboutiront jamais.

En 2009, le CDH participe à l'installation de la majorité Olivier avec Ecolo et le PS en Communauté française et en Région wallonne. Ecologistes et centristes se trouvent alors à l'avant-plan pour décider du choix de la coalition. Malgré son mandat ministériel fédéral, Joëlle Milquet représente son parti dans les négociations avec Jean-Michel Javaux pour Ecolo et Elio Di Rupo pour le PS.

Le temps passant, ce cumul entre la présidence et une fonction ministérielle perdure et passe de plus en plus mal chez certains mandataires du parti lassés d'une identification trop forte du parti avec sa présidente, d'une stratégie de centre gauche que porte l'alliance avec le PS ou encore d'une vision trop bruxelloise et trop peu régionale. Il faudra attendre décembre 2009 pour que les militants du CDH se prononcent en faveur d'un ticket Milquet-Lutgen, le second devant prendre la succession de la première lorsqu'un nouveau gouvernement fédéral sera formé.
Le mauvais score du CDH au scrutin anticipé de 2010, de piètres sondages et la longueur des négociations pour la formation d'un gouvernement fédéral convainquent l'état-major du parti de hâter le mouvement.

En avril 2011, Joëlle Milquet annonce qu'au 1er septembre, Benoît Lutgen sera le nouveau président.

Joëlle Milquet laisse à son successeur un parti profondément rénové, rajeuni et réimplanté à Bruxelles, sensible à de nouvelles problématiques comme les enjeux urbains et la multiculturalité.

Aux yeux de tous les observateurs, elle a incontestablement évité à l'ancien PSC de sombrer corps et biens mais le parti centriste éprouve toujours des difficultés à renouer avec le succès. Au niveau fédéral, avec neuf députés, sa représentation à la Chambre est retombée en-dessous du score de 1999, comme en Région wallonne, où il ne compte plus que 13 députés. (Belga)