"Les magistrats anversois ont été trop loin"

Le ministre de la Justice démissionnaire Stefaan De Clerck (CD&V) s’est dit fâché des déclarations de certains hauts magistrats anversois. A l’entame de la nouvelle année judiciaire, ils estiment que la politique d’asile est « un danger pour la démocratie ».

Traditionnellement, hier 1er septembre, se tenaient les Mercuriales, les discours de hauts magistrats à l’ouverture de l’année judiciaire. A Anvers surtout, la critique s’est fait lourde envers la politique belge et notamment la politique d’asile menée en Belgique.

« La politique a négligé la politique d’émigration des années durant. De cette manière, les partis politiques ont mené à la débâcle de notre démocratie », a déclaré le procureur général près de la cour d’appel d’Anvers, Yves Liégeois (photo). "La sécurité sociale est mise sous forte pression en raison de la politique actuelle de migration et d'asile", a-t-il poursuivi.
 

L'avocat général Piet Van Den Bon est allé plus loin. "Dans le contexte juridique actuel, il est parfaitement possible pour un citoyen étranger, après une journée de travail ou, pire, contre le paiement d'une inscription fictive, de demander des allocations pour handicapés ou de chômage", a-t-il déclaré.Que la Belgique est un pays qui ruisselle de lait et de miel n'est, selon lui, pas un mythe mais une réalité dangereuse. "Cette réalité constitue un aimant pour les étrangers qui recherchent une vie meilleure. La réglementation inadaptée se propage sur notre sécurité sociale hautement acclamée comme de la rouille sur du métal humide.""La légèreté avec laquelle ce problème structurel a été négligé, conduit à un gaspillage énorme de revenus de remplacement et d'aide sociale", a-t-il ajouté.

"Une solide lettre"

Suite à ces propos, le ministre démissionnaire de la Justice, Stefaan De Clerck (CD&V), a laissé entendre qu'il adresserait une "solide lettre" au procureur général près la cour d'appel d'Anvers, a-t-il indiqué à Radio 1.

"Une analyse critique peut (être prononcée), mais des déclarations politiques sur la fin de la démocratie ne conviennent pas dans la bouche d'un procureur général", a affirmé Stefaan De Clerck. Les magistrats bénéficient d'une "liberté académique". "Mais ils ne doivent faire aucune déclaration politique", a-t-il ajouté, soulignant que c'était bien ce qui s'était passé à Anvers. "Ils vont l'entendre de ma part", a assuré le ministre.

Il a toutefois reconnu que "tout ne se déroule pas parfaitement" dans le domaine de la politique d'immigration.

L’année dernière, Stefaan De Clerck et Yves Liégeois s’étaient déjà accrochés. En début d’année judiciaire, le procureur général avait critiqué vivement l’immobilisme politique et s’en était pris aux assises. De Clerck avait alors (déjà) écrit une lettre à Liégeois.