"Un accord sans gagnants ni perdants"

Au lendemain de l’accord communautaire conclu entre le CD&V, le CDH, le SP.A, le PS, l’Open VLD, le MR, Groen ! et Ecolo au sujet de la scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde, de la nomination des bourgmestres des communes à facilités et d’une réforme du Sénat, les partis négociateurs flamands se félicitent d’avoir obtenu une scission "propre" de BHV, tandis que les francophones sont satisfaits de n’avoir pas dû faire trop de concessions. La N-VA, le Vlaams Belang et le FDF sont critiques pour l'accord engrangé.

Le président des démocrates-chrétiens flamands, Wouter Beke (CD&V, photo principale à droite), estime que l’accord communautaire conclu est défendable dans le nord du pays. « La Flandre obtient finalement ce qu’elle avait demandé, à un prix acceptable. Bruxelles ne sera pas élargie, et seuls les habitants des six communes à facilités de la périphérie pourront encore voter pour des listes bruxelloises, s’ils le souhaitent ».

Beke estime avoir aussi veillé à ce que les compétences du gouvernement flamand ne soient pas touchées. Il a affirmé vouloir entamer maintenant avec autant d’ardeur les négociations sur la loi de financement et le transfert de compétences aux entités fédérées. Selon lui, la première condition importante pour aboutir à la formation d’un gouvernement fédéral sous la direction d’Elio Di Rupo a été remplie.

Pour le président des libéraux flamands, Alexander De Croo (Open VLD, photo), « l’accord est très équilibré et très propre ». le plus gros problème politique de ces 10 dernières années en Belgique aurait maintenant été résolu, sans compromis bric-à-brac. Une preuve pour lui que les négociations avaient un sens. De Croo souligne néanmoins que, ce premier examen réussi, les négociateurs doivent encore affronter de nombreux défis, tels que des économies à réaliser, créer de nouveaux emplois et renforcer la sécurité.

La présidente démissionnaire des socialistes flamands, Caroline Gennez (SP.A), qualifie l’accord d’une bonne chose pour la démocratie. « Les 8 partis n’avaient pas d’autre choix que de parvenir à un accord. BHV est enfin scindé, c’est la scission la plus propre qui ait été proposée. Hormis dans les 6 communes à facilités, aucun lien n’est laissé avec Bruxelles et les politiciens francophones revendicateurs de Bruxelles. Et le Sénat est fondamentalement réformé. Deux revendications du SP.A ont ainsi été entendues ».

Pour Wouter Van Besien (Groen !), le président des écologistes flamands, le dialogue a pris le pas sur le cynisme et le fatalisme. Un dossier vieux de plus de 40 ans de tensions a ainsi pu être réglé par un accord. « C’est un pas important en direction d’une pacification communautaire. Et le plus important est peut-être aussi que nous pouvons maintenant nous pencher sur les défis socio-économiques ».

"Suffisamment de garanties pour les francophones"

Alors que le MR avait réclamé jusqu’à la fin des négociation que le problème de la nomination des bourgmestres des communes à facilités soit réglé encore avant les élections communales de 2012, pour accepter finalement qu’une nouvelle procédure n’entre en vigueur qu’après les élections de 2012, le président des libéraux francophones Charles Michel (photo) a qualifié l’accord d’équilibré pour tous les Belges. Il se réjouit de la conservation des droits des francophones de la périphérie et de la solution trouvée pour les bourgmestres. « Je suis satisfait de la consolidation des droits fondamentaux électoraux, administratifs et juridiques ».

La vice-Première ministre Laurette Onkelinx (PS) affirme que le soulagement est grand au sein des partis négociateurs d’avoir pu régler un dossier qui pèse de longue date sur la politique belge. « Nous avons conclu un accord équilibré dans ce dossier compliqué, un accord dans le respect mutuel ».

Le président des écologistes francophones, Jean-Michel Javaux (Ecolo), se réjouit aussi de l’accord conclu dans le respect mutuel. Selon lui, il s’agit d’un accord sans gagnants ni perdants.

La Vice-première ministre et présidente démissionnaire du CDH, Joëlle Milquet (photo), estime qu’un pas en avant très difficile a été fait, avec beaucoup de créativité, de sérénité et de respect. Elle juge que les compensations pour la scission de BHV sont suffisantes, tout en soulignant qu’il reste encore à traiter de la loi de financement et de l’autonomie fiscale.

"L'accord n'est pas devenu un cauchemar"

Les partis politiques qui ne prennent pas part aux négociations en vue d’une réforme d’Etat et de la formation d’un nouveau gouvernement fédéral se montrent sceptiques face à l’accord communautaire conclu ce mercredi soir entre les 8 partis.

La N-VA, le parti nationaliste grand vainqueur des élections de juin 2010 en Flandre, ne voulait pas commenter l’accord ce jeudi matin, avant d’avoir pu prendre connaissance des détails. En cours d'après-midi, le président du parti Bart De Wever (photo) réagissait ensuite de façon mesuré au premier accord communautaire.

"Sur base de ce qui est actuellement connu de l'accord sur la scission de BHV, la N-VA constate que l'on n'a pas tenu compte des revendications extrêmes du FDF d'Olivier Maingain. L'accord n'est donc pas devenu un cauchemar. La pression exercée par la N-VA n'y est sans doute pas étrangère".

Le parti se pose néanmoins des questions sur le coût de l'accord et sur la "bruxellisation des 6 communes à facilités. Il y a encore beaucoup de choses que nous ne savons pas, et cela nous inquiète grandement", concluait De Wever.

Le Vlaams Belang se dit peu impressionné par l’accord sur BHV, estimant que le remède qui est proposé est encore pire que le mal. "Les 6 communes à facilités appartiennent dorénavant à l’arrondissement électoral de Bruxelles. Les hommes politiques bruxellois en profiteront plus que jamais. Les Flamands à Bruxelles et Hal-Vilvorde feront les frais de cet accord. Les partis flamands n’auraient jamais dû accepter de négocier au sujet de BHV".

Le bourgmestre de Linkebeek, Damien Thiéry (FDF) - l’un des trois bourgmestres non-nommés -, rejette l’accord conclu à propos de la scission de l’arrondissement électoral de BHV. Il critique avant tout le chapitre concernant la nomination des bourgmestres des 6 communes à facilités. Selon lui, la nouvelle procédure s’apparente à « une roulette russe », étant donné que l’assemblée générale du Conseil d’Etat, qui doit décider du sort de ces bourgmestres, a alternativement un président néerlandophone et francophone.

Quant au président du FDF, Olivier Maingain (photo), il a donné une conférence de presse ce jeudi après-midi pour résumer les critiques de son parti (allié au MR libéral) envers l'accord communautaire: pas d'élargissement de Bruxelles, pas de corridor qui relie Bruxelles à la Wallonie, les compensations pour les francophones pour la scission de BHV sont insuffisantes et l'idée d'un arrondissement électoral fédéral a été abandonnée.

En soirée, sur le plateau de la télévision commerciale RTL-TVi, le président des Fédéralistes Démocrates Francophones (FDF) a cependant déclaré que si le MR ne se ressaisissait pas et ne revenait pas à ses engagements fondamentaux sur l'élargissement de Bruxelles en contrepartie de la scission de BHV, ce pourrait être la fin du parcours commun des deux partis.