Dexia fait le grand plongeon

Le titre Dexia a chuté de manière vertigineuse dans les premiers échanges à la Bourse de Bruxelles, accusant une perte de quelque 30%. A Paris, le titre a dévissé jusqu’à 37%. Un conseil d’administration extraordinaire a laissé entrevoir la possibilité d'un démantèlement du groupe bancaire franco-belge rattrapé par la crise.

Sur la Bourse de Paris, à 9h21, l'action, qui a accusé jusqu'à 37% de baisse, dévissait encore de 32,31% à 0,88 euro dans un marché en recul de 1,94%. A Bruxelles, la perte était de l’ordre de 30% peu après l’ouverture de la Bourse.

«Résoudre les problèmes structurels»

Cette nuit, à l'issue d'un conseil d'administration marathon de six heures réuni en extrême urgence à Bruxelles, la banque a laissé présager un nouveau virage stratégique en ouvrant la voie, dans un communiqué sibyllin, à de nouvelles cessions et alliances pour résoudre ses "problèmes structurels".

«Dans le climat actuel, l’ampleur du portefeuille des actifs non stratégiques pèse structurellement sur le groupe. C’est pourquoi le conseil d’administration a mandaté l'administrateur délégué Pierre Mariani pour préparer, en concertation avec les Etats et les autorités de contrôle, les mesures nécessaires pour résoudre (ces) problèmes», indique le communiqué.

La banque franco-belge Dexia, rattrapée par la crise trois ans après avoir échappé de peu à la faillite, semble ainsi aller tout droit vers un démantèlement qui ferait d'elle le premier établissement européen victime de la crise de la dette.

Lourdement affectée par le crise de la dette européenne, Dexia, qui dispose de nombreuses obligations dites ‘camelotes’, éprouve des difficultés à attirer des liquidités sur les marchés des capitaux.

Tour à tour, les agences de notation Fitch, la semaine dernière, puis Moody's, lundi, avaient tiré la sonnette d'alarme, craignant les conséquences pour Dexia de la forte pression des marchés sur les banques françaises depuis l'aggravation début août de la crise européenne des dettes souveraines.

Scénarios divers

Le conseil d'administration de Dexia n'a donc pas tranché, lundi soir, quant à l'avenir du groupe. Aucune information précise quant à la teneur des mesures n’a été donnée. Plusieurs médias ont évoqué divers scénarios, allant de la mise en place d'une "bad bank" regroupant les actifs problématiques de Dexia, à la vente de "bijoux de famille", comme la filiale turque Denizbank, en passant par la création en France d'une nouvelle entité, détenue en majeure partie par la Banque postale et la Caisse des dépôts, et qui serait destinée au financement des collectivités locales dans l'Hexagone.

La «bad bank» permettrait de séparer les bonnes entités de Dexia, comme notamment la banque belge, des mauvaises entités. Cette solution pourrait compter sur la garantie d’Etat des autorités belges et françaises.

On ne sait pas si les entités saines de Dexia seront vendues.

Les rumeurs sur d’éventuelles tensions entre Français et Belges ont été démenties. «Les actionnaires du groupe souhaitent maintenir leur unité et leur solidarité dans la nouvelle phase qui commence aujourd’hui», fait savoir le communiqué. Les gouvernements belge et français ont fait savoir qu’ils apporteront également leur soutien à Dexia.

La Belgique prête à donner une garantie d’Etat

"Si c'était nécessaire", le gouvernement belge serait prêt à donner une garantie d'Etat à Dexia, a indiqué le Premier ministre démissionnaire Yves Leterme mardi matin sur nos ondes. Rien n'a cependant été décidé jusqu'à présent.

"Il y a différentes possibilités, nous attendons une proposition concrète du conseil d'administration et du patron de Dexia", a également expliqué le ministre des Finances Didier Reynders.

"Dexia est une banque qui fonctionne et qui peut fonctionner", a insisté le Premier ministre. La crise de la dette grecque joue des tours à Dexia, mais "nous sommes fermement décidés à guider la banque sans que personne y perde de l'argent", a encore indiqué Leterme.

Les clients protégés

Le ministre des Finances Didier Reynders a lui aussi insisté sur le fait que les clients seraient protégés. "Depuis quelques années, il y a une garantie pour les clients de 100.000 euros par compte", a-t-il rappelé. Dexia est en outre toujours "une banque très forte", selon lui.

Dans le passé, les autorités ont déjà dû aider Dexia. "Mais le Trésor n'a à ce moment pas subi de perte", a encore souligné le Premier ministre. Il a reconnu que les participations ont subi de lourdes pertes, mais "c'est le jeu en bourse". Le Premier ministre a assuré qu'il "y a suffisamment de potentiel" pour "réduire à son plus strict minimum" la perte de valeur.

Un conseil d’entreprise européen a commencé vers 9 heures chez Dexia. Un conseil d’entreprise se tiendra ce matin également dès 11 heures chez Dexia Belgique.