Sabena : le progrès venu du ciel

A l’occasion du 10e anniversaire de la faillite de la compagnie aérienne belge, le Musée du Cinquantenaire à Bruxelles présente une exposition quelque peu nostalgique dédiée à celle qui fut, dès 1923 et jusqu’au 7 novembre 2001, symbole d’excellence et de modernité. A travers une large collection d’affiches et d’uniformes des hôtesses - mais aussi de tous les autres métiers de la Sabena -, une étude de l’évolution des sièges des avions et du profil du voyageur, c’est toute l’histoire du transport aérien belge et l’évolution de la société qui sont retracées. A voir jusqu’au 26 février 2012.

Lorsque le 7 novembre 2001 la faillite de la Sabena est confirmée, la prestigieuse compagnie aérienne bascule subitement dans l’histoire. A la section Costume du Musée du Cinquantenaire à Bruxelles (qui fait partie des Musées royaux d’Art et d’Histoire) l’événement suscite une volonté de rassembler des uniformes et des accessoires de la Sabena, afin de préserver pour les générations futures les témoins de ce morceau d’histoire belge.

Dix ans plus tard, l’émotion qu’avait soulevé la faillite - encore bien visible au travers des reportages télévisés de l’époque, présentés dans un coin de l’exposition - a fait place à la nostalgie. Le Musée et Marguerite Coppens, commissaire de l’exposition, ont donc choisi la date anniversaire pour présenter « Sabena. Le progrès venait du ciel ». L’ouverture de l’exposition est couplée à la parution d’un livre du même titre de 240 pages, richement illustré et documenté, paru aux éditions Borgerhoff & Lamberigts.

La curatelle qui gère la faillite de la Sabena a mis à la disposition de l’exposition de nombreuses photos, des affiches publicitaires et des films provenant des archives du transporteur belge, témoins de son évolution. On se souviendra que la compagnie aérienne possédait des équipes de photographes et de scénaristes, mais aussi un bureau de publicité. C’est là que sont né des affiches invitant par exemple les voyageurs à gagner du temps en optant pour un avion à 3 moteurs de la Sabena, ou des slogans tels que « Avec la Sabena, vous y seriez déjà ».

Braver la concurrence

En ouverture, l’exposition rappelle que les débuts de l’aviation sont à peine centenaires et que les premiers avions, inconfortables, eurent à concurrencer le train et le bateau, et notamment la Red Star Line qui, entre 1870 et 1935, transporta 3 millions de passagers belges, luxembourgeois et allemands d’Anvers vers New York.

En 1919 naissait la S.N.E.T.A. (Syndicat national pour l’étude des transports aériens), qui ouvrit en juillet 1921 une liaison intérieure au Congo, la première ligne coloniale intérieure au monde, du nom de Lara (Ligne Aérienne Roi Albert). La Sabena (Société anonyme belge d’exploitation de la navigation aérienne) voyait elle le jour en 1923. A l’aide d’affiches, de films, de coupes de moteurs et de maquettes, l’exposition rappelle que d’énormes progrès techniques permirent progressivement de passer de l’avion à l’hélice au jet, et même au Concorde dont la Sabena avait commandé quelques exemplaires avant de se raviser.

Jusqu’en 1970, la Sabena commanda ses avions vides et réalisa tous les sièges pour sa flotte dans ses propres ateliers. Le visiteur constate avec surprise que les premiers sièges d’avions, dans les années 1920, étaient des fauteuils de jardin en rotin (photo). Ils se sophistiquèrent rapidement, pour un meilleur confort de toutes les catégories de passagers et une plus grande rentabilité.

L’exposition s’attarde aussi sur l’évolution du profil du voyageur, à mesure que le transport aérien se démocratisait et que l’on passait, notamment, d’une classe unique à la classe économique. Tenues et bagages des voyageurs - de l’homme d’affaires au touriste, en passant par la jet-set - évoluent ainsi de l’élégance à la décontraction.

Une attention particulière est portée à la famille coloniale, important client de la compagnie aérienne. Les femmes revenaient souvent pour accoucher en Belgique et retournaient au Congo avec des bébés de quelques semaines seulement. Dans les années 1950, la Sabena organisait ainsi des « nursery flights » avec des berceaux et des puéricultrices. Pour les enfants plus âgés, le « lunch-box » était inventé en 1954. La Sabena a d’ailleurs toujours été aux petits soins pour ses jeunes passagers, comme le montre un coin de l’exposition.

Plus de 500 pièces de costumes

Ce sont assurément les uniformes portés par les hôtesses de l’air de 1947 à 2001 qui tiennent la vedette dans cette exposition ! L’évolution de ce costume reflète non seulement les événements politiques et économiques successifs, mais aussi l’évolution de la femme au travail. Une femme qui a dû lutter pour son égalité avec ses collègues masculins, à la Sabena comme dans d’autres secteurs. Ainsi, ce n’est qu’en 1984 que la compagnie aérienne engagea pour la première fois trois femmes pilotes. Une physicienne était entrée en 1955 à la Direction technique, une ingénieure en aéronautique avait été engagée en 1968, et en 1985 la première soudeuse faisait son apparition à la Sabena.

A l’aide de 500 pièces de costumes et d’accessoires, l’exposition illustre comment l’uniforme des hôtesses a évolué à la sortie de la guerre d’une tenue inspirée du militaire et de l’infirmière vers un tailleur cintré pour l’Exposition universelle de 1958, puis un uniforme jeune, ludique et sexy à jupe courte dans les années 60 (photo ci-dessus). Suite à la crise pétrolière, la compagnie revint à une tenue plus classique, presque terne, avant de donner à ses hôtesses l’image d’une femme mûre et travailleuse. Les onze dernières années de la Sabena se caractérisent par la collaboration avec le créateur belge de mode, Olivier Strelli, qui dessina deux collections entières d’uniformes pour le transporteur.

Pour la première fois aussi, l’exposition du Musée du Cinquantenaire présente les uniformes de tous les niveaux du personnel : hôtesses et stewards au sol, techniciens, personnel du catering, bagagistes et policiers privés notamment. Un aspect que négligent souvent les musées techniques ou de mode. A cela s’ajoute quelques pièces uniques : des uniformes exotiques portés par les hôtesses sur les lignes de Bangkok, Singapour, Jakarta et au Congo.

La dernière partie de l’exposition aborde la dérégulation et l’introduction des compagnies aériennes à bas prix, où l’uniforme est relégué au second plan derrière la lutte de prix avec les concurrents. On peut néanmoins admirer les costumes de la Sobelair, la TEA, Air Belgium, Virgin, SN Brussels (dessinés par Xandres, de Gand), la DAT et VG Airlines.

A l’heure où l’ère post-pétrolière s’annonce, l’exposition se pose aussi la question de l’avenir du transport aérien. Recourra-t-on un jour à des agrocarburants, à l’électricité, l’hydrogène ou l’énergie solaire ? A moins que l’on revienne à des projets plus futuristes comme le ZEHST ou le LAPCAT A2, qui pourrait rallier Bruxelles à Sydney en 4h35. L’aspect écologique sera déterminant pour les options envisagées.

"Le progrès venait du ciel. Histoire de la Sabena"

L’exposition est à voir jusqu’au 26 février 2012 au Musée du Cinquantenaire, Parc du Cinquantenaire 10, à 1000 Bruxelles. T. +32 (0)2 741 72 11. Pour plus d’informations, consultez le site internet www.mrah.be.

Heures d’ouverture : mardi à dimanche, de 10 à 17h. Fermé le lundi, les 1/11, 11/11, 25/12 et 1/01.

Le livre (catalogue) qui accompagne l’exposition porte le même titre et est publié aux éditions Borgerhoff & Lamberigts. Pour les détails, consultez le site www.borgerhoff-lamberigts.be

 Anne François