Le gouvernement (à nouveau) au chevet de Dexia

Le gouvernement fédéral a décidé mardi soir de tout mettre en oeuvre pour éviter toute déroute à la banque Dexia dont il est actionnaire, notamment en apportant sa garantie d'Etat à la création d'une structure de défaisance («bad bank») pour isoler ses actifs néfastes.

L'action de Dexia était donc largement dans le vert mercredi matin à l'ouverture de la Bourse de Bruxelles, après la décision du gouvernement mardi soir de consolider et garantir les activités du groupe en Belgique. Après avoir ouvert en hausse de 1,59%, l'action grimpait à plus de 8% en quelques minutes. Le BEL 20 était également positif de 1,7%.

"Comme en 2008, la Belgique fera tout ce qui est nécessaire pour qu'aucun épargnant et aucun client de Dexia Belgique ne perde un centime d'euro en ces temps de turbulences au niveau de l'activité bancaire", a indiqué mardi soir le Premier ministre démissionnaire Yves Leterme à l'issue d'une réunion extraordinaire du comité restreint.

Le groupe franco-belge, dont le cours en Bourse avait chuté de plus de 30% en l'espace de deux jours pour clôturer mardi soir à 1,01 euro, est confronté à d'importants problèmes, notamment dus à la présence dans son portefeuille d'actifs incertains.

"Bad bank"

Pour y remédier, le gouvernement a décidé d'apporter, "le cas échéant" et "avec le gouvernement français", sa garantie pour la création d'une structure de défaisance ("bad bank") afin d'"isoler les activités et les éléments qui pourraient peser sur les activités bancaires", a ajouté Yves Leterme.

«Le terme "bad bank" est mal choisi», estime le Premier ministre. «C’est une banque qui détiendra de nombreuses valeurs. Il ne s’agit absolument pas d’actifs toxiques, mais bien de créances à très long terme. Et là le gouvernement est bien placé pour attendre longtemps les revenus».

L’Etat belge se porte garant pour cette "bad bank". Les épargnants n’ont pas s’en faire, rappelle Leterme. «Une faillite est exclue, donc même les personnes qui disposent de plus de 100.000 euros (la garantie habituelle pour le client, ndlr) sur leur compte ne doivent pas s’inquiéter».

Les contribuables n’auront pas à supporter le coût. «Cette garantie d’Etat est quasiment sans risque», assure Leterme. A ses yeux, ce n'est pas au contribuable de payer pour les mauvaises décisions ou les grands risques pris par le passé. «Les actionnaires, dont les communes, ont approuvé ces décisions en leur temps et vont donc y perdre», mais elles sont «capables de supporter cette perte».
 

Interrogé sur la hauteur de cette nouvelle garantie d'Etat au bénéfice de Dexia, le ministre des Finances Didier Reynders (MR) s'est borné à préciser qu'elle serait inférieure à celle apportée par la Belgique en 2008, à savoir 90 milliards d'euros.

Le Premier ministre a assuré de son côté que cette nouvelle garantie d'Etat n'affaiblirait nullement la position de la dette belge, ni sa crédibilité envers les marchés et les agences notation. Et de citer, pour appuyer son argumentation, les "très bonnes conditions" auxquelles la Belgique vient tout juste d'émettre de nouvelles obligations.

"Pas de démantèlement"

A rebours des spéculations de presse, le gouvernement belge a assuré mardi soir qu'il n'était nullement question de démanteler Dexia. "C'est l'inverse que nous voulons faire", a insisté Didier Reynders, lequel entend à présent consolider les activités de la banque en Belgique, notamment par "l'abandon d'activités dans un certain nombre de pays", a-t-il confié.

«Tout cela va se décider dans une série de négociations. Il y a plusieurs solutions possibles», a-t-il ajouté sans exclure l'intervention de partenaires extérieurs.

Comme en 2008, le gouvernement a par ailleurs décidé mardi soir de rétablir un "comité de monitoring" pour suivre les évolutions chez Dexia.

La Belgique et la France doivent encore s'accorder sur la répartition de la garantie, mais le Premier ministre exclut que la Belgique en supporte les deux tiers comme ce fut le cas en 2008.

Yves Leterme doit rencontrer aujourd’hui les gouvernements régionaux sur le dossier Dexia et se présentera dans l'après-midi devant les députés de la Commission Finances et Budget de la Chambre.