Dexia : les visions belges divergent encore

Alors que le gouvernement fédéral en affaires courantes semble prôner une nationalisation de Dexia Banque Belgique, les Régions s’y opposent clairement et préfèrent lancer une banque indépendante autour des actuels actionnaires de Dexia. Ce vendredi, le Premier ministre démissionnaire Yves Leterme et le ministre des Finances démissionnaire Didier Reynders rencontraient à nouveau les ministres-présidents Kris Peeters (Flandre), Rudy Demotte (Wallonie) et Charles Picqué (Bruxelles) pour tenter de d’accorder leurs points de vue. "Des ouvertures ont été faites, mais il faut encore trouver une seule voix pour la Belgique", ont affirmé les négociateurs.

Mercredi soir, les représentants du gouvernement fédéral, des Régions et des principaux actionnaires de Dexia s’étaient entendus pour défendre une vision commune face aux négociateurs français pour sauver le groupe franco-belge Dexia. Ils voulaient stabiliser et sécuriser l’éventail complet des activités de la banque en Belgique, espérant éviter une nationalisation ou une vente de Dexia.

Entretemps, les avis ont progressivement commencé à diverger jeudi. Alors que le gouvernement fédéral semble pencher toujours davantage en faveur d’une nationalisation de Dexia Banque Belgique, ce qui permettrait à terme de trouver un repreneur, les Régions flamande, wallonne et bruxelloise s’y opposent clairement. Elles défendent l’idée du lancement d’une banque indépendante autour des actionnaires actuels de Dexia.

Ce vendredi matin, juste avant le début du conseil ministériel restreint, la vice-première ministre Laurette Onkelinx (PS, photo) a affirmé qu’elle était « pour une nationalisation de Dexia. C’est clair ». Le ministre-président flamand, Kris Peeters (CD&V), avait pour sa part indiqué que les Régions proposent « ce qu’il y a de mieux pour la banque et les actionnaires. Le gouvernement fédéral également, mais les visions ne sont pas encore complètement rapprochées ».

« Les grands clients de la banque sont les autorités locales. Il est important qu’une solution soit trouvée qui mette aussi à l’aise les clients traditionnels », précisait Peeters (photo). Le ministre-président de la Région bruxelloise, Charles Picqué, souligne que tout le monde doit être sur la même longueur d’ondes « pour sauver la banque et les épargnants ». Selon lui, il est normal que les Régions soient sensibles à certains aspects, comme par exemple la survie du Holding Communal.

Une nationalisation du Holding Communal, l’un des grands actionnaires de Dexia, pourrait mener à de lourdes pertes. « Mais je pense que les actionnaires doivent comprendre que quand tout va bien, ils peuvent en récolter les fruits, et que quand les choses vont moins bien, ils doivent aussi en supporter les conséquences », déclarait ce vendredi matin le ministre Vincent Van Quickenborne (Open VLD) avant le conseil ministériel restreint. « On ne peut se mettre les bénéfices en poche et rejeter les pertes sur la communauté ».

Pour parvenir à accorder leurs violons alors que se poursuivent les négociations avec la France au sujet de l’avenir de Dexia, le Premier ministre Yves Leterme et le ministre des Finances Didier Reynders se réunissaient une nouvelle fois, ce vendredi dès 10h00, avec les ministres-présidents des trois Régions. Le ministre Reynders a répété que le gouvernement fédéral tenterait avant tout de consolider sa position dans Dexia, assurer le financement du groupe avec la France, rassurer l’ensemble de la clientèle et soutenir l’emploi.

A l'issue de la réunion, le ministre-président wallon Rudy Demotte a affirmé que "des ouvertures ont été faites" par le fédéral et que "des pas réciproques ont été faits. Il faut maintenant trouver une seule voix pour la Belgique". 

Standard & Poor’s abaisse la note des entités du groupe

Standard & Poor’s, qui publie des analyses financières sur des actions et des obligations, a abaissé d’un niveau la note des trois entités majeures de la banque franco-belge Dexia, à savoir Dexia Crédit Local (France), Dexia Banque (Belgique) et Dexia Banque Internationale (Luxembourg). Le rating est désormais de A-/A-2.

Standard & Poor’s explique cette baisse par des tensions sur le marché des banques internet, où les institutions financières empruntent l’une de l’autre. Ces tensions ont d’ailleurs fragilisé Dexia. S&P exprime néanmoins sa confiance dans les autorités françaises, belges et luxembourgeoises, parce qu’elles « continueront à soutenir Dexia ».