ArcelorMittal ferme le chaud à Liège

La direction du groupe sidérurgique mondial a annoncé mercredi soir aux syndicats la fermeture de la phase liquide du bassin liégeois avec ses deux hauts-fourneaux. Le nombre exact d’emplois qui seront sacrifiés dans la région n’est pas encore connu. Le conseil d’entreprise extraordinaire, qui devait apporter plus de précisions à ce sujet ce jeudi, a été reporté. Quelque 3.000 personnes travaillent actuellement pour ArcelorMittal en région liégeoise. Plus de 600 emplois pourraient être visés.

Le conseil d’entreprise extraordinaire d’ArcelorMittal, qui devait débuter ce jeudi vers 9h00 à Flémalle et apporter davantage de précisions sur les pertes d’emplois, a été reporté. La direction de l’entreprise sidérurgique liégeoise estime en effet que les conditions optimales de sécurité ne sont pas réunies.

Le climat social était déjà tendu depuis des semaines à l’usine liégeoise du groupe fondé en 2006 à la suite de la fusion d’Arcelor et de Mittal Steel. Le personnel avait fait grève et retenu pendant plusieurs heures en otage la direction de l’implantation liégeoise. Ce mercredi, les syndicats étaient informés par la direction de la fermeture prochaine de la phase à chaud à Liège.

Plus tôt dans la journée, la direction du géant de l’acier s’était réunie avec le ministre-président wallon Rudy Demotte (PS), le ministre wallon de l’Economie Jean-Claude Marcourt (PS) et le ministre régional de l’Emploi André Antoine (CDH). Le ministre Marcourt estimait ce jeudi que la phase à chaud de la sidérurgie liégeoise reste viable, pour autant qu’un industriel consente à faire les investissements nécessaires. La phase liquide n’a en effet plus connu d’investissement industriel depuis 2003.

La direction d’ArcelorMittal projette donc de fermer définitivement les deux hauts-fourneaux de Seraing et Ougrée. Le premier n’était déjà plus actif depuis quelques temps. L’aciérie de Chertal (solidification de l’acier) devrait également fermer ses portes, ce qui mettra fin à la production d’acier liquide dans le bassin liégeois. La fin d’une époque.

Les lignes à froid, le train à large bande et la production de l’acier plat ne seraient par contre pas concernés par la fermeture. Selon la radio publique francophone RTBF, mercredi soir, la direction du groupe sidérurgique voudrait appliquer la loi Renault, ce qui indique une volonté de licenciement collectif.

"Un séisme pour le bassin liégeois"

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans la région liégeoise, déjà sévèrement touchée par la mauvaise conjoncture et un chômage important. Le quotidien financier L’Echo qualifiait la décision d’ArcelorMittal de « séisme pour le bassin liégeois ».

L’entreprise métallurgique emploie actuellement encore 3.000 personnes. Quelque 363 personnes sont actives dans la phase à chaud, et quelque 223 autres y travaillent avec un contrat temporaire. Elles étaient déjà au chômage technique depuis quelques temps. Selon les syndicats, la fermeture de la phase liquide entrainera la perte directe de 600 emplois, mais des centaines d’emplois devraient également être affectés de façon indirecte. « Une catastrophe pour l’acier liégeois », estime David Camerini du syndicat chrétien.

Ce jeudi midi, les syndicats demandaient au formateur Elio Di Rupo que l'industrie sidérurgique wallonne soit nationalisée, à l'image de ce qui sera fait pour la banque Dexia Belgique.

Le bassin liégeois est déjà depuis le Moyen-Age l’un des centres majeurs de la métallurgie en Europe. Certains craignent que la fermeture de la phase à chaud n’entraine, à terme, la fermeture des lignes à froid et des autres outils liégeois. La brusque disparition des hauts-fourneaux aura en outre des conséquences sur d’autres activités dans la région, et notamment celles d’entreprises logistiques et celles du port intérieur, le plus grand d’Europe après celui de Duisburg. Liège est relié au port d’Anvers via le Canal Albert.

Le site gantois hors de danger ?

Ce mercredi, les syndicats du site d’ArcelorMittal à Gand (Flandre orientale) estimaient que la fermeture du chaud à Liège n’aura pas de conséquences pour leur usine. « A Gand, toute la production est intégrée sur un seul site », ce qui n’est pas le cas à Liège, indiquait Rudi Van der Walle du syndicat chrétien.

Dans l’Unité Nord, dont fait partie l’implantation gantoise, 7 hauts-fourneaux sur 11 fonctionnent actuellement. ArcelorMittal emploie quelque 4.500 travailleurs à Gand.