Une coalition tripartite sans les Verts

Si les négociations pour la formation du gouvernement fédéral aboutissent, la coalition menée par l’actuel formateur Elio Di Rupo réunira le PS, le SP.A, le CD&V, le CDH, l’Open VLD et le MR, à savoir les trois grandes familles politiques du pays. Les négociations de formation se poursuivront désormais sans Ecolo ni Groen !. C’est ce qu’a annoncé le formateur après son audience chez le Roi, ajoutant que l’actualité internationale, financière et sociale nécessite la formation rapide d’un nouveau gouvernement.

Le formateur Elio Di Rupo a quitté le château de Laeken vers 13h15 ce jeudi, après s’être entretenu près d’une heure avec le Roi. Le président des socialistes francophones a fait rapport à Albert II du « choix de la coalition gouvernementale et des modalités de suivi de la réforme institutionnelle approuvée par les huit formations politiques », précisait le communiqué du Palais royal.

Elio Di Rupo a ensuite annoncé que le nouveau gouvernement fédéral serait composé de six partis, à savoir les socialistes du PS et du SP.A, les démocrates-chrétiens du CD&V et du CDH et les libéraux de l’Open VLD et du MR. Ecolo et Groen ! ne seront donc plus assis à la table des négociations en vue de la formation du gouvernement.

Dans son communiqué, le formateur a précisé que « certains partis ont fait savoir qu’une réduction du nombre de partis pour la formation d’un nouveau gouvernement était une condition nécessaire ». Il fait ainsi clairement allusion au CD&V et à Open VLD, qui avaient exercé une pression croissante sur le formateur pour qu’il prenne ses distances des Verts.

Les libéraux flamands avaient même menacé de quitter la table des négociations si Groen ! y restait. Les démocrates-chrétiens de leur côté ne voulaient pas d’un gouvernement fédéral sans les libéraux flamands, et donc pas d’une situation où l’Open VLD et la N-VA siègeraient ensemble dans l’opposition.

Si les négociations de formation aboutissent, la nouvelle coalition sera donc une tripartite traditionnelle, réunissant les trois grandes familles politiques. La majorité disposera alors de 93 sièges sur 150 à la Chambre, soit 26 PS, 17 CD&V, 15 MR, 13 Open VLD, 13 SP.A et 9 CDH. En y ajoutant les 8 sièges d’Ecolo et les 5 sièges de Groen !, on arrive à un total de 106 sièges, ce qui est une majorité suffisante pour une réforme de l’Etat.

"Un comité de mise en oeuvre des réformes institutionnelles"

Elio Di Rupo (PS, photo) a également souligné dans son communiqué qu’il était grand temps que les négociateurs se penchent sur les dossiers socio-économiques et qu’ils finalisent le budget 2012. Le formateur veut rassembler les présidents des six partis restants dès ce vendredi midi, pour débattre de ces points. « La confection du budget 2012 est une priorité absolue », précise Di Rupo.

Le formateur plaide également en faveur d’un « Comité de mise en oeuvre des réformes institutionnelles ». Ce dernier serait composé de représentants des 8 partis politiques qui ont négocié l’accord communautaire et serait chargé de traduire cet accord dans des textes juridiques. Les huit représentants devraient se réunir régulièrement, dès que le nouveau gouvernement aura été formé.

Elio Di Rupo ajoute en outre que certains points doivent encore être précisés dans la nouvelle loi de financement.

Groen! et Ecolo inquiets pour l'avenir

Dans un communiqué de presse, le parti écologiste flamand s'est dit déçu de ne pas faire partie de la nouvelle coalition gouvernementale. Son président Wouter Van Besien (photo) déplore l'attitude de rejet du CD&V et d'Open VLD, alors que Groen! a participé de façon constructive à la confection de l'accord communautaire. 

Van Besien se dit aussi inquiet  de la façon dont sera maintenant  mené par les six partis restants le débat sur les dossiers socio-économiques, et notamment sur l'assainissement budgétaire.

Interviewé dans l'émission "Reyers Laat" de la VRT, jeudi soir, le président d'Ecolo Jean-Michel Javaux a pour sa part affirmé ne pas être amer parce que les Verts ont été écartés des négociations, mais il regrette l'opportunité manquée. Il estime que les ecologistes auraient pu apporter une nouvelle impulsion au futur gouvernement. 

"Nous avons pris nos responsabilités lors des négociations communautaires, sans demander de contrepartie", affirme Javaux, regrettant que les partis traditionnels mettent les Verts à la porte avant même d'avoir entamé le débat sur le contenu.

Au micro de la RTBF, ce vendredi matin, le président d'Ecolo a également déclaré avoir des inquiétudes "car je sens que certains partis sont encore prêts à claquer la porte pendant les négociations gouvernementales. J'ai vu beaucoup de fragilité pendant la négociation institutionnelle".